Le film est plus sombre qu’il n’y paraît, et en tout cas il m’a surpris par sa noirceur, même si sa bande-annonce suggérait déjà un enracinement de la vilenie du personnage dans une vie de souffrance. Warner a cru à un portrait cruel, mais ô combien fondateur, et peut-être même subversif, de Joker. Le film n’est pas sans attache contemporaine, le gilet jaune du personnage suggérant même une adhésion à un mouvement qu’une telle fiction pourrait stimuler. C’est un film à la fois grandiose et dangereux. L’acteur est célébré comme il se doit, Joaquin Phoenix figurant parmi les acteurs les plus émouvants du cinéma étasunien... Chez James Gray, dans « The Yards », dans « We Own The Night », puis dans « Two Lovers », notamment, mais aussi chez Woody Allen, chez M. Night Shyamalan... Comparaison n’est certes pas raison, mais son Joker dépasse de très loin celui de Heath Ledger (version fanfaronne), acteur qui n’avait pas constitué une œuvre d’envergure comparable. Dans ce portrait terrifiant, mais aussi bouleversant, la fabrication de cet esprit criminel semble naturelle, c’est à dire découlant de manière évidente, ou inévitable, d’une accumulation d’injustices que seul un surhomme pourrait dépasser par une forme héroïque de résilience. Non, la résilience apparaît bien comme inatteignable pour Joker. Son destin est scellé. Et il semble que le nôtre soit défié, selon que nous choisissions le camp du chaos ou celui de l’ordre. Mais attention, car si l’on s’engage à ses côtés, il faut être prêt à faire couler le sang... Dont chacun pourra ensuite se peinturlurer le visage. Musique puissante, mise en scène somptueuse... À ne pas rater !
jeudi 10 octobre 2019
lundi 30 septembre 2019
A Rainy Day in New York
La constance/cohérence du vieux maître dans la mise en scène de ses films est impressionnante. Écriture, direction d’acteurs, musique, décors, montage sont au plus haut niveau d’exigence. Capable y compris d’innovations sur le plan esthétique (lumières et cadres surprenants de la part de son vieux chef opérateur), Woody Allen a constitué une œuvre harmonieuse, dont une particularité - chérie ou détestée en fonction du public - est la projection qu’il impose à tous ses personnages, chacun d’eux étant ersatz de Woody. Son apparition, sous les traits de Timothée Chalamet, est tout à coup rafraîchie par rapport aux films dans lesquels il se mettait en scène, mais il impose quand même au jouvenceau de vieilles fripes typiques de sa propre dégaine, faite de tweed et de chemises à carreaux. Et le voilà aussi sous les traits de Liev Schreiber, qui interprète un réalisateur torturé, puis de Jude Law, son producteur cocu, antagonistes tous du détestable tombeur latino qui déshabille enfin Elle Fanning... C’est un vaudeville très haut de gamme, qui m’a véritablement enchanté. On retrouve évidemment l’amour ô combien compréhensible de Woody Allen pour New York, ville d’architecture, de jazz et d’opulence cultivée... Ce qu’il y aurait de mieux, de manière vacancière, ce serait peut-être Paris. Mais Timothée/Woody a choisi pour de bon : New York ! À voir en salle pour le plaisir d’échanger des rires avec un public.
dimanche 15 septembre 2019
Zone Blanche
C’est une série française haut de gamme, conçue avec une authentique ambition internationale, et un engagement assez impressionnant des talents formant la « distribution ». Des partis pris esthétiques très forts, inspirés du cinéma étasunien, mais qui rappellent aussi les univers visuels scandinaves, nous invitent dans un « ailleurs » fortement mystérieux et en décalage fort avec la représentation habituelle de la France de province à la télévision. Brouillard, immensité et majesté de la forêt, montagne, et finalement une prégnance naturelle qui s’impose constamment aux personnages - et au public - ne sont pas exactement suffocants, parce que justement la nature nous oxygène, mais assez oppressants. C’est un monde parallèle, organisé autrement, où quantité de licences sont accordées aux gens qui s’y trouvent, l’ordre n’étant incarné que par un petit peloton de gardiens dysfonctionnels, abîmés, corrompus... Ils tiennent tout de même à faire valoir une justice de bon sens, à la fois pratique et satisfaisante pour l’audience. La morale y est vaguement sauve. La nature prévaudra sur les ambitions méprisables des gangsters pollueurs... Mais les personnages rouleront quand même dans des voitures sans âge qui semblent gourmandes en essence. Et puis Brigitte Sy est impressionnante dans le rôle de Sabine... Rattrapage possible grâce à Netflix.
mardi 10 septembre 2019
La Vie Scolaire
La bande annonce est gentiment trompeuse, en nous faisant croire qu’on verra une comédie bouffonne, alors que les auteurs dépassent ce genre en évoquant (sérieusement) l’École et le rôle fondamental qu’elle peut jouer dans l’émancipation des adolescents. Car tout ne se joue pas à la maison, dont les défaillances peuvent être lourdement préjudiciables à l’épanouissement d’un enfant. Illettrisme, pauvreté, violence... L’École est un sanctuaire et un guide. Tout comme l’Europe en tant qu’institution est immensément vertueuse en tant que préceptrice des bonnes pratiques démocratiques. Un profond humanisme habite le film, soucieux de bienveillance à l’égard d’enfants qu’ailleurs on se contenterait de punir. La punition n’a pas complètement disparu de l’École, mais elle intervient plus tard à Saint-Denis qu’à Saint-Placide. Certains mots (et pensées) qui étaient inaudibles/inacceptables dans une salle de classe des années 1985 ont percé la membrane symbolique qui protégeait l’enceinte scolaire et rejoint le lexique partagé par les enseignants et les élèves. Ce sont les mots de la communication moderne, de la musique, mais aussi de la bêtise hélas. L’émancipation vraie passe par une révolution verbale/langagière. Les déblatérations imbéciles qui forment le langage « jeune » sont symboliques d’une exclusion du monde. Les auteurs s’attachent donc aux mots et aux sentiments qui les animent. Y a-t-il dérision ou sérieux dans la profération d’insultes racistes ? Est-il possible de ne pas verbaliser une colère sincère, d’appeler sa propre intelligence au secours, d’éviter bannissement et échec ? Un film sensible et généreux.
dimanche 25 août 2019
Roubaix, Une Lumière
Aux commandes artistiques de ce grand film, il y a d’abord ses auteurs/créateurs, Arnaud Desplechin, scénariste et metteur en scène, Léa Mysius, sa co-scénariste, et Grégoire Hetzel, le compositeur de la musique originale de « Roubaix, Une Lumière ». À leurs côtés, un acteur impérial semble agir comme auteur lui aussi : Roschdy Zem. La lumière évoquée dans le titre émane de son personnage, un commissaire de police intègre et bienveillant. Dans « Only God Forgives » (Nicolas Winding Refn), le personnage de Chang symbolise la nécessité de la punition : impitoyable envers les criminels (occidentaux) ce héros apparemment humain semble extrait d’une bande dessinée (univers où la violence est acceptable). A contrario, Yacoub Daoud, qui est lui aussi une abstraction mystique, une interprétation romanesque du moine soldat, est à la recherche d’une justice compassionnelle, à mi-chemin entre orient et occident. Lui est parmi nous pour sauver l’humanité. Sa pureté morale, qui d’ailleurs lui fait préférer la compagnie des chevaux à celle des humains, lui confère une sérénité majestueuse qui préside à ses œuvres. Il est le grand prêtre universel à qui Dieu a confié sa ville la plus faillie, la plus exposée aux dérives morales, et dans laquelle il est l’ordonnateur. C’est une mission impossible à l’échelle d’une ville damnée, mais auprès de chacun, de manière fraternelle, il agit sans ciller. Le cadre, parfois surprenant dans ses mouvements, mais toujours somptueux, magnifie la bonté de son personnage. Sa voix, comme une berceuse, s’immisce dans les âmes fragiles, serpente langoureusement jusqu’à la vérité, et comprend... Comme à confesse. En pensant à la grande sagesse qui semble imprégner cette œuvre extraordinaire, je me souviens d’Hubert Selby Jr et de l’apaisement qu’il avait trouvé dans la religion, lui qui avait tellement souffert. Le film d’Arnaud Desplechin est autant manifeste que piqûre de rappel : il existe un cinéma d’auteur vivant capable de nous émerveiller et de nous émouvoir.
samedi 17 août 2019
Can you ever forgive me?
Je me sens obligé d’évoquer d’abord la brillante performance de Melissa McCarthy dans ce joli film new-yorkais (réalisé par une femme). On la connaît et on l’adore dans des rôles burlesques et outranciers, Hollywood s’étant emparé de son physique pour en exploiter principalement le potentiel comique. Mais, comme c’est souvent le cas avec les amuseurs, ils recèlent un potentiel tragique extrêmement intense. Je pense notamment à Coluche bien sûr, mais il y a de nombreux exemples... Dans ces rôles qui leur permettent d’exprimer leur profondeur d’âme, il semble qu’ils disposent enfin d’une occasion d’être eux-mêmes, fragiles et tristes. Contrairement à Julianne Moore, initialement choisie pour interpréter le rôle de Lee Israel, écrivaine méprisée et faussaire talentueuse (quoique condamnée pour ses contrefaçons géniales), Melissa McCarthy avait la possibilité d’incarner le rôle d’une manière assez ressemblante, en s’enlaidissant un peu quand même... Misanthrope (quasi) systématiquement déçue par ses tentatives de renouer avec l’humanité, elle est dépeinte aussi comme une grenade créative, égotique, talentueuse, et pudiquement drôle. Elle était, en tant qu’alcoolique, un aimant à chiens galeux, elle qui était pleinement femme de lettres, c’était à dire femme à chats. C’est un film à la fois sombre et lumineux, porté par des acteurs émouvants, et racontant une histoire qui offre une belle matière à réflexion sur la supercherie qui gangrène le marché de l’art...
jeudi 15 août 2019
The Gangster, The Cop, The Devil
Si vous avez besoin de vous changer les idées (imaginons par exemple que la perspective de retourner bosser après vos vacances vous contrarie), je vous conseille d’aller voir « Le Gangster, le Flic et l’Assassin » (The Gangster, The Cop, The Devil). Le titre anglais est plus juste que le titre français, le personnage désigné par le terme « assassin » dans le titre français n’étant pas un assassin, mais un tueur en série... Le titre coréen quant à lui, « 악인전 » (ag-injeon), est traduisible par le mot « méchanceté » (c’est le meilleur titre me semble-t-il). Un article d’un quotidien français qualifiait d’ailleurs les trois personnages d’anti-héros : aucun n’est tout à fait respectable au sens des valeurs puritaines défendues par Hollywood, c’est sûr... Mais n’est-ce pas plus amusant comme cela ? Le plus attachant des trois affreux est le gangster, dont la carrure symbolise la dangerosité, celle d’un criminel violent, à la fois ambitieux et sportif... Mieux vaut ne pas se trouver à portée de torgnole ! On se souvient de Jean-Paul Belmondo dans « Cent mille dollars au soleil » d’Henri Verneuil (dialogues de Michel Audiard) : « Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent. » Et pourtant, il y a quand même des types de 60 kilos qui n’écoutent pas... Comme souvent dans le cinéma de genre coréen, non seulement les scènes d’action sont chorégraphiées de manière admirable, mais les acteurs sont d’une puissance impressionnante. Il n’y a jamais de doute, jamais de flottement, et il semble que le metteur en scène nous invite véritablement dans un monde à part, où chaque conversation peut se transformer en bataille rangée, où le sang gicle et les couteaux tranchent et percent les chairs... Nous n’y survivrions pas longtemps. Eux sont protégés d’un supplément de cuir et de détermination. Lee Won-tae, le réalisateur de « 악인전 », n’a pas le talent de Na Hong-jin, mais j’espère qu’il continuera à faire des films aussi divertissants. On passe un très bon moment dans son fauteuil !
mardi 6 août 2019
The Boys
C’est la régalade du moment. « Brightburn » avait bien égratigné la culture des « supes » avec son personnage maléfique : « The Boys » s’en prend à Hollywood avec un esprit caustique qui m’a enchanté. Les avertissements affichés au début de chaque épisode reflètent cependant l’hypocrisie de la bien-pensance étasunienne, en exagérant le degré d’affranchissement de la production à l’égard des bonnes mœurs. Ces cartons rappellent d’ailleurs l’appartenance de la série à l’industrie qu’elle critique. On est très loin, en réalité, de l’indépendance affichée... Le faible développement de certains personnages appelle d’autres saisons : il devrait y en avoir au moins une seconde. On pourra notamment raffiner le portrait de Butcher, à la fois héros de la série et grand oublié des scénaristes. De mon point de vue, la vraie réussite des auteurs est le personnage de Homelander, héritier de Superman quant à ses pouvoirs, et grandiose démolisseur du marketing audiovisuel avec ses numéros de cabotinage délirants. L’acteur accomplit une véritable prouesse à l’image en faisant vraiment peur. Il est cruellement aidé par un physique décalé, en contravention avec le culte de la perfection porté par les studios : il n’est ni Henry Cavill ni Chris Evans, sa dentition, ses yeux, ses cheveux, faisant de lui une alternative dérangeante, tant il n’est pas canonique. Il est une intrusion du fantastique dans le merveilleux, du danger dans l’espoir. Certaines scènes dont il est le protagoniste sont véritablement flippantes : c’est une réussite qui me semble émaner en grande partie de l’acteur, Antony Starr, compatriote justement de Karl Urban (Butcher), tous deux étant néo-zélandais et devant, comme les acteurs anglais à Hollywood, emprunter des accents en fonction des films. Récompenses possibles aux Emmy ?
mardi 18 juin 2019
Chernobyl
Produite par/pour Sky et HBO, la mini-série « Chernobyl » est la fiction du moment. Certes, on peut lui reprocher d’avoir choisi l’anglais comme langue de tournage, mais l’ensemble de la production est tellement brillant que cette liberté prise sur l’Histoire est vite pardonnée. L’anglais est après tout aussi universel que l’était le russe dans l’URSS de l’époque (avril 1986), où Ukraine et Biélorussie n’étaient pas encore indépendantes. La catastrophe, dont l’ampleur a défloré/désenclavé les enjeux nucléaires soviétiques, a d’ailleurs contribué à la chute du régime. En avouant, contraints par la tragédie, les erreurs de conception de leurs réacteurs, les soviétiques ont considérablement affaibli leur système. Il était devenu impossible de tenir un discours d’infaillibilité, et l’adhésion patriotique au projet socialiste en a immédiatement souffert. L’explosion du réacteur 4 a finalement fissuré l’ensemble du projet communiste, qui a ensuite agonisé pendant trois ans jusqu’à la chute du mur. Entre didactisme et romantisme, la narration de la catastrophe est à la fois riche en enseignements (le scénario est richement documenté, et soucieux de véracité) et très émouvante. On s’attache à plusieurs personnages, et notamment aux cadres qui ont dirigé les opérations à la suite de la catastrophe. Les acteurs sont grandioses, mon admiration pour Jared Harris n’ayant fait de croître depuis ses rôles dans « The Crown » et « The Terror » jusqu’à « Chernobyl ». Du grand art télévisuel !
lundi 17 juin 2019
La Paranza Dei Bambini
Ne comptez pas sur vos notions d’italien pour comprendre « Piranhas » sans ses sous-titres, car les personnages du film parlent uniquement le napolitain. Non, ce n’est ni un patois ni un dialecte, mais une langue ancienne, parlée dans plusieurs régions italiennes depuis la fin de l’antiquité. On n’y entend rien de commun, si ce n’est, ci et là, des mots empruntés ailleurs en Europe. Comme dans d’autres cinématographies, la poésie qui émane de sa musique linguistique pourrait me suffire (à défaut d’une histoire). Dans le cinéma iranien - à chacun le sien - la musicalité du farsi m’a toujours apporté un supplément de séduction. Et le cinéma coréen, lui aussi, me semble gagner en efficacité grâce à sa langue, percutante et ondulante. À Naples, contrairement à Rome, les débats n’engagent pas de gestuelle. Regards et paroles suffisent. Les cadres sont d’ailleurs proches des visages, de leur beauté d’abord, de leurs émotions aussi. Le langage crypto-gay des corps et des regards, fait l’éloge d’une virilité imbécile, rayonnante d’une joie mortifère. Dans ces crânes décérébrés, où quelques grelots s’agitent et s’entrechoquent, ne naît rien qu’envie et superficialité... Aucune stratégie, mais une ambition démesurée et dangereuse. Le rythme est celui de l’adolescence, empressé, irréfléchi et divertissant, parce qu’il faut agir, s’amuser, séduire... Il n’y pas de vie, pas d’avenir, mais un jeu continuel, fondé sur l’amitié, le groupe, la horde. On s’embrasse, on rigole, on claque, on frime. C’est la belle vie... Jusqu’à la mort.
dimanche 16 juin 2019
Mars Harper
La troisième saison de « Designated Survivor » s’est timidement affranchie d’une obligation faite aux producteurs : plaire au plus grand nombre (de clients de Netflix). C’était pour atteindre cet objectif que les intrigues précédentes accordaient une part considérable aux complots terroristes, certes en tant que défis lancés aux valeurs démocratiques, mais aussi comme friandises spectaculaires plus faciles à regarder et à comprendre que les subtilités des conflits politiques de la Maison Blanche, où la technocratie raisonne comme dans n’importe quel cénacle, les muscles en sus. D’une certaine manière, on pourrait reprocher à cette saison la grande faiblesse dramaturgique d’une partie de ses intrigues, et peut-être même leur trop grand nombre. Au fond, ce dont les auteurs voulaient parler, c’est du Pouvoir et de son exercice. Au cœur de cette réflexion, les auteurs ont développé un personnage qui m’a vraiment séduit : Mars Harper, le « Chief of Staff » de la Maison Blanche (le directeur de cabinet). C’est le véritable patron de l’administration présidentielle, celui par qui tout doit passer avant d’atteindre le Président. Dans l’histoire de la Maison Blanche, aucune femme n’a encore occupé ce poste : la série l’avait confié au personnage d’Emily Rhodes dans les deux premières saisons... Mais c’est finalement à Mars Harper que le poste est confié pour cette troisième saison. Je ne connaissais pas l’acteur, Anthony Edwards, dont la carrière hollywoodienne n’a pas voyagé jusqu’à moi, mais il m’a beaucoup impressionné dans ce rôle. Faussement cynique, et en réalité d’une grande humanité, il incarne vertu, travail et noblesse d’âme, proposant une variation bureaucratique et autoritaire des valeurs défendues par Tom Kirkman. C’est l’homme du devoir, d’une loyauté inébranlable, mais aussi, comme il se doit d’un personnage crédible, fragilisé et ébranlé dans ses convictions pour de bonnes-mauvaises raisons... Un roseau aux allures de chêne...
lundi 10 juin 2019
Dégradation
La Liberté a été maculée de sang, presque jusqu’aux genoux. Peut-être les arroseurs n’ont-ils pas eu la force d’atteindre son visage. Ils ont seulement souillé son piédestal, ses pieds et le bas de sa robe, comme si elle était rentrée d’une partie de chasse où elle aurait pataugé dans le sang de ses victimes. La Liberté chasseresse en quelque sorte, coupable comme chacun sait du massacre des animaux. Les pauvres agents de la Propreté de Paris devront laver la statue, souillée par des manifestants qui se sont défoulés sur ce beau monument à la suite de tant d’autres avant eux. Car, en démocratie, en 2019, on ne présente plus ses idées de manière pacifique. C’est fini. Les mots se sont retrouvés au XXIe siècle en avitaminose sévère, décalcifiés, et en extinction de voix. Et du coup, le débat n’a effectivement plus de sens. On peut se taire et salir, détruire, brûler, pour promouvoir une cause. Les mots et les idées sont dépassés. On les a tués... Enfin, je devrais dire qu’on les a tuer ! 2019, c’est l’année des participes passer, l’année du sacre des illettrés. On vient sur Paris, ce sublime pot de chambre, pour faire ses besoins, et reprocher à la République ce qu’on est devenu, car c’est de sa faute. Tout est de sa faute. Ce faux sang est symbolique de la projection collective à laquelle nous nous livrons en blâmant l’État pour nos propres faillites. Après tout, à quoi servent nos impôts si ce n’est à une vaste thérapie de groupe ? Le paiement justifie le transfert : mon vieux, à 18 % par an, je peux bien insulter un ou deux hommes politiques, quelques fonctionnaires, et puis casser un peu de mobilier urbain...
dimanche 9 juin 2019
When They See Us
C’est avec des œuvres aussi puissantes que Netflix confère une authentique valeur patrimoniale à son catalogue. Le service se place tout à coup au niveau d’exigence de HBO, alors qu’un trop grand nombre des produits qu’il propose est par ailleurs de piètre qualité. Après le brillant « Bodyguard » (6 épisodes), voici le grandiose « When They See Us » (4 épisodes). C’est une mini-série adaptée de faits réels qui s’attache à rendre justice à cinq adolescents injustement condamnés pour un crime commis en 1989 dans Central Park. Ils ont été innocentés en 2002, mais l’erreur judiciaire n’avait pas été dénoncée avec beaucoup de vigueur à ce moment-là. Seule l’indemnité que l’État de New York avait été condamné à leur verser avait fait du bruit. Quant aux graves fautes commises par les policiers et les procureurs, elles sont exposées avec beaucoup de force, de manière assez accusatoire, par la réalisatrice, qui pointe notamment le racisme qui a présidé à la pseudo-enquête, le déni de justice organisé par le système judiciaire, la cruauté du traitement que ces adolescents ont dû subir... Les quatre épisodes sont mis en scène de manière somptueuse, avec une exigence esthétique de très grande classe, et particulièrement quant à la direction d’acteurs. C’est très impressionnant, et c’est très émouvant. J’ai ressenti une profonde compassion pour ces hommes. Rendez-vous aux Emmy Awards !
samedi 8 juin 2019
Dark Phoenix
Hans Zimmer est décidément le plus grand compositeur de Hollywood. Sa capacité à concevoir des musiques à la fois émouvantes et nouvelles (on ressent cette nouveauté de manière immédiate tant les bandes originales peuvent se ressembler dans le cinéma hollywoodien) est très impressionnante. Pour ce genre de film, dont les images ont du mal à nous surprendre tant on a vu d’explosions, de destructions, de fusillades, l’enjeu musical est considérable. Il contribue à différencier les productions, en augmentant ce qui par ailleurs se vaut d’un film à l’autre. Autre ravissement dans « Dark Phoenix », celui que procurent les actrices, et particulièrement Sophie Turner, que nous connaissons par ailleurs comme Sansa dans « Game of Thrones ». Sa beauté hiératique est faussement ennuyeuse, et me semble au contraire l’expression d’une puissance spirituelle qui correspond parfaitement à ce qu’on attend du personnage. C’est un jeu d’une grande subtilité, extrêmement convaincant et émouvant. Du grand art. Quant à Jessica Chastain, l’actrice qui par ailleurs domine Hollywood, elle n’est pas équipée des lignes les plus mémorables de ce scénario. Elle est excusée. « Dark Phoenix » m’a semblé réussi, en étant constamment divertissant, en évitant l’outrance visuelle et sonore, en nous émouvant avec une intrigue qui dépasse légèrement la fantaisie habituelle des bandes dessinées. À voir sans gêne...
jeudi 30 mai 2019
Parasite
Un caramel macchiato en main, j’étais prêt. L’avant-première avait lieu dans la salle n°1 du Gaumont Opéra Premier (la salle Gaumont la mieux programmée), où nous avions les sièges D1 et D3, idéalement placés en face de l’écran. La salle s’est vite remplie. Bong Joon-ho n’est pas mon cinéaste coréen préféré, mais « Memories of murder » et « Mother » m’ont beaucoup impressionné. J’ai aussi été vraiment séduit par « Okja », le film qu’il avait réalisé pour Netflix. Mais ni « The Host » (que tout le monde cite comme son chef-d’œuvre) ni « Snowpiercer » ne figurent très haut dans mon estime. Alejandro González Iñárritu ayant déclaré - malgré les regards apparemment renfrognés de certains membres du jury - qu’ils lui avaient attribué la Palme d’Or à l’unanimité, il avait créé en moi une grande impatience. Je m’étais attaché à ne rien lire et à ne rien regarder pour être surpris. D’emblée, ce qui m’a réjoui - et peut-être rassuré - ce sont des retrouvailles personnelles avec un éther coréen qui imprègne tous les films auxquels je me suis attaché. Personnages et situations expriment cet éther par des comportements et des pensées qui flirtent avec ce que nous percevons habituellement comme de la folie. C’est une fantaisie singulière, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Bien sûr, la licence prise sur le monde est large, mais à quoi bon faire du cinéma si l’on n’a pas le droit d’embellir, d’enlaidir, d’affabuler ? Y a-t-il suspension d’incrédulité devant une histoire aussi bourrée de fantaisie ? Pour certains spectateurs, l’adhésion est difficile. Quant à moi, je suis un bon client du cinéma de genre coréen, pourvu qu’il propose autant de rigueur et de talent que dans ce film, qui a été mis en scène avec génie. Sur le plan visuel, il y a beaucoup de cinéma : les décors ont fait l’objet d’un soin extraordinaire, pour exprimer la misère ici, et la richesse là. Chaque plan est pictural. Le son a lui aussi été travaillé d’une manière assez rare au cinéma, avec un emploi raffiné de la prise de son et du mix qui permet au public d’être baigné dans un monde de bruits. On tourne parfois la tête en se demandant si c’est le film ou le public qui fait tel ou tel son... Très chouette. Et puis, ô régal, les acteurs sont grandioses. Leur art est d’une puissance exceptionnelle. Une leçon de cinéma à ne surtout pas rater !
dimanche 26 mai 2019
Rigorisme
La série « Suits » (Avocats sur mesure), produite pour le réseau USA, et disponible avec un peu de retard sur Netflix, a développé des personnages très attachants d’avocats d’affaires new-yorkais. Pour éviter ennui et mièvrerie, les auteurs s’attachent à rappeler régulièrement leurs tentations cyniques et mercantiles, leurs egos surdimensionnés, leurs rivalités bagarreuses... Mais au fond, pour que nous les aimions beaucoup, ils en font surtout des humanistes profondément humains, constamment empêtrés dans des situations inextricables du fait de leurs cas de conscience. Et au cœur du feuilleton, pour que le muscle dramatique batte si fort, il y a cette foutue morale (protestante). Malgré leurs belles sapes, ces avocats, tout comme les procureurs qu’ils affrontent, sont les membres d’un clergé. Sous les « Suits », on sent que soutanes et robes de bure gratouillent et chatouillent leurs corps survoltés. Malgré les nombreux voyages que j’ai effectués aux États-Unis, je reconnais ne pas avoir compris grand chose aux mentalités, notamment à New York, où l’on entend constamment dans les propos qui sont tenus de l’intransigeance, chacun adoptant une posture idéale mais de manière souvent grotesque. Suis-je trop « latin » pour comprendre cela ? Il me semble parfois que les auteurs de la série s’attachent justement à saper les fondations de ce rigorisme en s’en prenant à l’idolâtrie de la Vérité comme alternative eu Mensonge, ce mal absolu qui rongerait la société. Comment démolit-on ce veau d’or ? En établissant de manière systématique que ses promoteurs sont eux aussi, d’une manière ou d’une autre, des menteurs. Et comment en douter ? Personne n’est irréprochable de ce point de vue. Il est bien sûr impossible de ne jamais mentir. Et comment définit-on le mensonge de toute façon ? S’il fallait en arriver là, on ouvrirait une bible... Derrière chaque inquisiteur au regard sévère, planquée dans la pénombre, une faute tue sera révélée à un moment ou à un autre. La confrontation sera la solution. Une série divertissante mais répétitive.
jeudi 23 mai 2019
John Wick Parabellum
Alors que le deuxième volet de cette saga m’avait enchanté, « John Wick Parabellum » m’a franchement ennuyé. Ce qui m’avait semblé nouveau et divertissant dans « John Wick 2 » (on imagine un story-boarding d’une grande précision) a été repris dans le troisième volet sans recul et finalement sans intelligence. Alors que la grande fusillade romaine de l’épisode précédent avait été conçue de manière énergique et graphique, celle du souk imaginaire de Casablanca dans ce film-ci est absconse tant il y a d’assaillants, et tant ils sont vulnérables. Il y a là une grossière erreur d’écriture et de montage - sans compter la faiblesse de la mise en scène - qui plombe l’ensemble du récit. Je ne critique pas les nombreuses licences prises sur le réel, car j’aime l’univers délirant qu’on nous propose, entre jeu vidéo et bande dessinée. Mais il existe malgré tout des limites à ne pas dépasser, certes imprécises/invisibles, et pourtant flagrantes aux yeux des spectateurs. La pluie d’assaillants de la Casbah se situe malheureusement au-delà de cette frontière insaisissable : au centième arabe trucidé, on décroche. Une bonne fusillade peut être un excellent spectacle au cinéma. Les hommes tombent, mais on sait bien que personne n’a vraiment été blessé. La violence n’est pas vraiment là. Même les os brisés, les chairs déchirées, les brefs hurlements de figurants anonymes ne sont quasiment rien. Mais trop, c’est trop. C’est un film qui ne vaut selon moi que pour la beauté de ses décors...
mardi 21 mai 2019
Cannes
La ville, de ce côté-ci de la voie ferrée, était en plein embellissement. Les festivaliers se trouvaient là comme des intrus, dérangeant l’avancement des chaussées et des trottoirs, mais en donnant du sens à ces transformations, lancées autant pour les habitants que pour les visiteurs. Le long de la rue d’Antibes, des barrières plus ou moins franchissables suggéraient des parcours... Nous aurions dû filer droit, mais ces dames et messieurs endimanchés et éméchés, posaient leurs souliers vernis où bon leur semblait... J’observais cette chorégraphie amusante en me demandant si j’étais moi aussi l’un de ces danseurs déséquilibrés qui fêtaient la vie autant que le cinéma devant les yeux éberlués d’habitants partagés entre fierté et dégoût. Car nous étions des envahisseurs aux drôles de manières qui ne savaient rien des mœurs provençales et débarquaient ici en conquérants grossiers, certains les poches pleines, d’autres au contraire bien vides... Mais le champagne coulait ici et là en bonne quantité. Les édentés de l’audiovisuel mondial pourraient s’enivrer sans peine. D’autres, plus gras, prendraient des tables dans les restaurants du Suquet, commanderaient bouteilles et viandes, desserts et digestifs... Ils retrouveraient la patronne si sympathique de leur adresse préférée, ses manières chaleureuses tellement attachantes, encore au travail malgré son âge avancé. « Vos gnocchis, Madame ! » Il est tellement drôle, ce producteur danois ! « Vous étiez avec votre dame, l’année dernière, non ? » « J’en ai changé depuis, chère Madame ! Fêtons donc cela ! » Et glou, et glou, et glou... Si Cannes ne devait être que cinéma, on parlerait davantage de Berlin. Ce qui avait changé, c’était la chaussée. Pour le reste, d’une manière délicieusement rassurante, le Festival offrait ses charmes habituels. Et, angoisses diverses mises à part, beaucoup de bonheur...
lundi 20 mai 2019
Dolor y Gloria
Le personnage incarné par Antonio Banderas dans « Dolor y Gloria », celui d’un cinéaste pétri de douleurs, épuisé et déprimé, et surtout profondément nostalgique, a dû rencontrer dans mon inconscient la grande inquiétude qui s’empare des hommes à leur cinquantième anniversaire. Peut-être n’y a-t-il rien à reprocher au personnage ou à l’interprétation d’Antonio Banderas, car j’avoue avoir ressenti une profonde compassion pour cet homme abîmé. Quelque chose avait été réussi, mais d’une manière qui me dérangeait et m’attristait. J’étais allé voir ce film en espérant trouver davantage de légèreté, mais Pedro Almodovar n’était pas d’une humeur badine quand il a écrit cette histoire. Le système des renvois aux souvenirs d’enfance du personnage est organisé de manière explicative pour éclairer sa personnalité, de façon plutôt flatteuse en dessinant le portrait d’un enfant timide et brillant, et aussi fortement chargée sur le plan fantasmatique, en lui offrant un rôle dominant sur l’objet de son désir, un jeune ouvrier benêt, beau et gentil. Sa maman, sublimée sous les traits de Pénélope Cruz, est évidemment l’être le plus aimé, à la fois idéale et bienveillante. Tout en retrouvant l’univers sensible et coloré d’Almodovar, on se retrouve plongé dans un univers légèrement plus masculin que dans ses films précédents, les femmes n’occupant plus que des fonctions catalysantes. Les hommes ont enfin le beau rôle, de manière anachronique à l’époque de la féminisation du cinéma, et surprenante de la part du meilleur portraitiste des femmes depuis 1980...
dimanche 12 mai 2019
samedi 11 mai 2019
Temblores
I admire the subtlety of Jayro Bustamante’s storytelling. It was of a fascinating beauty in “Ixcanul”, his first feature, fairly celebrated in Berlin (and all over the world). I feel a kind of magic in the little distance he manages to maintain between our eyes and his characters, whom he tends to protect emotionally. Some might consider that distance a cold hearted treatment of trauma/pain. But I happen to like the elegance of his choices, avoiding pathos, and yet sharing part of the intimate drama his characters experience. JB is not so much into tears although a little shouting/screaming might please him from time to time. And he seems particularly careful with the phrasing of love. Maybe those families are not particularly open to such demonstrations? “Temblores” has some features of a manifesto against alienation. And yet, showing freedom as little appealing, the viewer might wonder about his intentions. An extremely good looking middle aged man leaving wealth and a beautiful wife for slums and an average looking drunkard lover would make anyone wonder/hesitate. Love - but is it genuine love Pablo feels - easily transforms into a vain infatuation with the help, thank you wealth, of needles, cold showers and closeted lesbians... Gorgeous aesthetics, very convincing actors, and a quite disturbing story... Not to miss!
mardi 7 mai 2019
dimanche 5 mai 2019
Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile
Who knew Zac Efron was such a good actor? I had only seen pictures of him and considered him a good looking playboy with gorgeous body and face. In fact I had never seen him in a show or a movie. And I was extremely impressed by his performance as Ted Bundy in Joe Berlinger’s “Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile” (the words Judge Edward D. Cowart pronounced to qualify Ted Bundy’s crimes). I saw a young actor seizing an opportunity to show his talent and offer a new turn to his career. Not one second does he forget his character and how convincing he should be interpreting one of the deadliest serial killers in US history. I was extremely impressed by his involvement and frankly even disturbed by his uncanny faces. There are scenes where his features seem to express evil and almost do you harm. The expression “the devil’s beauty” suits Ted Bundy perfectly. He could easily seduce women, but only to destroy them. The producers chose not to make their movie a thriller but mostly a portrait of the killer, showing him as a balanced, charismatic and brilliant family man seemingly in love with his girlfriend. The producers do not mean to make a flattering or sympathetic portrait of a monster, but his personality is a cinematographic object storytellers had to seize. Also, maybe consider watching that movie to see an actor suddenly becoming a great actor?
vendredi 3 mai 2019
The Long Night
Here are a few words from a 49 year old teenager. Those who have not yet seen The episode, please do not read those lines. I purposefully do not use the word “s.....” because this social network would immediately block my publication. Only to say... A few days after my first viewing - I watched it twice - I still feel overwhelmed by the intensity of what I saw and heard. It almost never happens to me in front of a television set. For sure, there were a few minutes of “The Walking Dead” that were genuinely heartbreaking. But what GOT’s producers managed to tell in that episode offered me the greatest television experience I have ever lived. I think I feel grateful for the emotions I felt. And I also feel sad as I wonder what might follow. I was extremely impressed by the dramatic journey the producers took me through. The first assault towards Death led by Jorah Mormont is impossible to forget, as lit swords rapidly fade away in the dark, and the traumatic sound of gallops rushing back from a failed battle, bruised bloody faces, and already a sense of doom... The strongest and most heroic knights now confronting an enemy with unlimited resources seem to experience genuine despair for the first time... Miguel Sapochnik, the director of that episode, did a fantastic job taking the cast to new emotional places, breaking features otherwise dignified, and now seemingly confronted by archaic terror as the end of the world is near. “The Long Night” is by far GOT’s best episode.
jeudi 4 avril 2019
The Death and Life of John F. Donovan
Le choix de ses acteurs (casting à la fois riche et sophistiqué car hyper référentiel) témoigne de ce que je ressens comme la sincérité de Xavier Dolan, de son amour du cinéma et de sa sensibilité. J’ai été impressionné par cette distribution, qui rend hommage au talent de grands comédiens, et exprime par la mise en scène la vérité de l’histoire racontée (en réalité, deux histoires coexistent dans le film : celle de l’acteur, et celle de son admirateur). La dimension autobiographique ne fait aucun doute. La scène bouleversante confiée à Michael Gambon (le voleur du « Cuisinier » de Peter Greenaway) témoigne de la culture cinématographique de Xavier Dolan, et nous informe sur la qualité de ses références esthétiques. Il est bien dommage - mais espérons qu’un « director’s cut » viendra - que l’on n’ait pas droit au personnage interprété par Jessica Chastain (scènes coupées au montage pour raccourcir le film). On ne peut que deviner des moments fortement dramatiques. Tout chez Xavier Dolan ne m’a pas toujours enchanté, certains effets ne me plaisant pas, mais comment nier à ce metteur en scène son génie ? Les mères, qu’elles soient biologiques ou de substitution, sont là surtout pour s’attendrir sur le sort de leurs fils homosexuels. Eux ne savent pas s’ils doivent les accabler, les pardonner, ou les quitter. Elles n’ont pas vraiment d’autre vertu ou d’autre qualité que ce regard bienveillant sur un enfant différent, parfois en souffrance, parfois libéré et heureux... Les mamans de Xavier Dolan sont jeunes et moins jeunes, blanches et noires, dures et douces à la fois... Elles se fâchent parfois, mais leur amour est acquis pour toujours. Le film est jalonné de scènes très émouvantes qui, même si elles sont parfois trop lourdement musicalisées, sont d’une grande justesse. Du très bon cinéma.
mardi 2 avril 2019
Black Mirror
Le progrès technique/technologique ne cesse de transformer nos existences (ô la belle découverte que voilà !). Il affecte nos vies dans des proportions que beaucoup d’entre nous mesurons mal parce que cela se passe de manière insidieuse. Je me souviens, dans les années 1998, de cet ami qui déjà préférait retirer des sommes importantes aux distributeurs automatiques pour se prémunir, en effectuant ses paiements en argent liquide, contre les intrusions de la société de surveillance dans sa vie. Les billets de banque offraient une liberté de mouvement que les paiements par carte de crédit détruisent malgré nous, parce qu’ils mesurent, datent, et localisent. À l’époque, j’observais son comportement avec amusement, considérant ses précautions comme excessives. Je me dis aujourd’hui qu’il était clairvoyant sur les dangers que les nouvelles technologies font courir sur nos libertés (dès lors qu’elles sont employées à mauvais escient). La série Black Mirror propose un regard pessimiste et probablement clairvoyant sur le devenir de nos sociétés qui, ne sachant pas suffisamment se prémunir contre l’aliénation technologique, mettent nos libertés en péril. Intelligence artificielle et délégation intellectuelle (nous nous en remettons déjà largement aux outils informatiques pour la gestion de nos vies quotidiennes), dictature numérique, implants, robotisation, automatisation, systématisation... Les auteurs ont eu les coudées franches pour libérer leurs imaginations et nous plonger dans des futurs cauchemardesques (et vraisemblables)... Les épisodes sont sans lien les uns avec les autres (rare série non-feuilletonnante), conçus comme des moyens métrages d’anticipation, tous extrêmement bien produits, avec notamment des effets spéciaux très haut-de-gamme. Ce qui impressionne le plus, c’est l’originalité des histoires racontées. On ne peut qu’être admiratif de l’imagination des auteurs de cette série et du sérieux de leur travail d’écriture. La plupart des épisodes sont par ailleurs d’une grande noirceur, et certains sont d’ailleurs assez violents. Il y a cependant peu de séries aussi surprenantes et aussi bien produites...
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