jeudi 10 octobre 2019

Joker

Le film est plus sombre qu’il n’y paraît, et en tout cas il m’a surpris par sa noirceur, même si sa bande-annonce suggérait déjà un enracinement de la vilenie du personnage dans une vie de souffrance. Warner a cru à un portrait cruel, mais ô combien fondateur, et peut-être même subversif, de Joker. Le film n’est pas sans attache contemporaine, le gilet jaune du personnage suggérant même une adhésion à un mouvement qu’une telle fiction pourrait stimuler. C’est un film à la fois grandiose et dangereux. L’acteur est célébré comme il se doit, Joaquin Phoenix figurant parmi les acteurs les plus émouvants du cinéma étasunien... Chez James Gray, dans « The Yards », dans « We Own The Night », puis dans « Two Lovers », notamment, mais aussi chez Woody Allen, chez M. Night Shyamalan... Comparaison n’est certes pas raison, mais son Joker dépasse de très loin celui de Heath Ledger (version fanfaronne), acteur qui n’avait pas constitué une œuvre d’envergure comparable. Dans ce portrait terrifiant, mais aussi bouleversant, la fabrication de cet esprit criminel semble naturelle, c’est à dire découlant de manière évidente, ou inévitable, d’une accumulation d’injustices que seul un surhomme pourrait dépasser par une forme héroïque de résilience. Non, la résilience apparaît bien comme inatteignable pour Joker. Son destin est scellé. Et il semble que le nôtre soit défié, selon que nous choisissions le camp du chaos ou celui de l’ordre. Mais attention, car si l’on s’engage à ses côtés, il faut être prêt à faire couler le sang... Dont chacun pourra ensuite se peinturlurer le visage. Musique puissante, mise en scène somptueuse... À ne pas rater !

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