Un caramel macchiato en main, j’étais prêt. L’avant-première avait lieu dans la salle n°1 du Gaumont Opéra Premier (la salle Gaumont la mieux programmée), où nous avions les sièges D1 et D3, idéalement placés en face de l’écran. La salle s’est vite remplie. Bong Joon-ho n’est pas mon cinéaste coréen préféré, mais « Memories of murder » et « Mother » m’ont beaucoup impressionné. J’ai aussi été vraiment séduit par « Okja », le film qu’il avait réalisé pour Netflix. Mais ni « The Host » (que tout le monde cite comme son chef-d’œuvre) ni « Snowpiercer » ne figurent très haut dans mon estime. Alejandro González Iñárritu ayant déclaré - malgré les regards apparemment renfrognés de certains membres du jury - qu’ils lui avaient attribué la Palme d’Or à l’unanimité, il avait créé en moi une grande impatience. Je m’étais attaché à ne rien lire et à ne rien regarder pour être surpris. D’emblée, ce qui m’a réjoui - et peut-être rassuré - ce sont des retrouvailles personnelles avec un éther coréen qui imprègne tous les films auxquels je me suis attaché. Personnages et situations expriment cet éther par des comportements et des pensées qui flirtent avec ce que nous percevons habituellement comme de la folie. C’est une fantaisie singulière, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Bien sûr, la licence prise sur le monde est large, mais à quoi bon faire du cinéma si l’on n’a pas le droit d’embellir, d’enlaidir, d’affabuler ? Y a-t-il suspension d’incrédulité devant une histoire aussi bourrée de fantaisie ? Pour certains spectateurs, l’adhésion est difficile. Quant à moi, je suis un bon client du cinéma de genre coréen, pourvu qu’il propose autant de rigueur et de talent que dans ce film, qui a été mis en scène avec génie. Sur le plan visuel, il y a beaucoup de cinéma : les décors ont fait l’objet d’un soin extraordinaire, pour exprimer la misère ici, et la richesse là. Chaque plan est pictural. Le son a lui aussi été travaillé d’une manière assez rare au cinéma, avec un emploi raffiné de la prise de son et du mix qui permet au public d’être baigné dans un monde de bruits. On tourne parfois la tête en se demandant si c’est le film ou le public qui fait tel ou tel son... Très chouette. Et puis, ô régal, les acteurs sont grandioses. Leur art est d’une puissance exceptionnelle. Une leçon de cinéma à ne surtout pas rater !

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