Le personnage incarné par Antonio Banderas dans « Dolor y Gloria », celui d’un cinéaste pétri de douleurs, épuisé et déprimé, et surtout profondément nostalgique, a dû rencontrer dans mon inconscient la grande inquiétude qui s’empare des hommes à leur cinquantième anniversaire. Peut-être n’y a-t-il rien à reprocher au personnage ou à l’interprétation d’Antonio Banderas, car j’avoue avoir ressenti une profonde compassion pour cet homme abîmé. Quelque chose avait été réussi, mais d’une manière qui me dérangeait et m’attristait. J’étais allé voir ce film en espérant trouver davantage de légèreté, mais Pedro Almodovar n’était pas d’une humeur badine quand il a écrit cette histoire. Le système des renvois aux souvenirs d’enfance du personnage est organisé de manière explicative pour éclairer sa personnalité, de façon plutôt flatteuse en dessinant le portrait d’un enfant timide et brillant, et aussi fortement chargée sur le plan fantasmatique, en lui offrant un rôle dominant sur l’objet de son désir, un jeune ouvrier benêt, beau et gentil. Sa maman, sublimée sous les traits de Pénélope Cruz, est évidemment l’être le plus aimé, à la fois idéale et bienveillante. Tout en retrouvant l’univers sensible et coloré d’Almodovar, on se retrouve plongé dans un univers légèrement plus masculin que dans ses films précédents, les femmes n’occupant plus que des fonctions catalysantes. Les hommes ont enfin le beau rôle, de manière anachronique à l’époque de la féminisation du cinéma, et surprenante de la part du meilleur portraitiste des femmes depuis 1980...

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