lundi 10 juin 2019

Dégradation

La Liberté a été maculée de sang, presque jusqu’aux genoux. Peut-être les arroseurs n’ont-ils pas eu la force d’atteindre son visage. Ils ont seulement souillé son piédestal, ses pieds et le bas de sa robe, comme si elle était rentrée d’une partie de chasse où elle aurait pataugé dans le sang de ses victimes. La Liberté chasseresse en quelque sorte, coupable comme chacun sait du massacre des animaux. Les pauvres agents de la Propreté de Paris devront laver la statue, souillée par des manifestants qui se sont défoulés sur ce beau monument à la suite de tant d’autres avant eux. Car, en démocratie, en 2019, on ne présente plus ses idées de manière pacifique. C’est fini. Les mots se sont retrouvés au XXIe siècle en avitaminose sévère, décalcifiés, et en extinction de voix. Et du coup, le débat n’a effectivement plus de sens. On peut se taire et salir, détruire, brûler, pour promouvoir une cause. Les mots et les idées sont dépassés. On les a tués... Enfin, je devrais dire qu’on les a tuer ! 2019, c’est l’année des participes passer, l’année du sacre des illettrés. On vient sur Paris, ce sublime pot de chambre, pour faire ses besoins, et reprocher à la République ce qu’on est devenu, car c’est de sa faute. Tout est de sa faute. Ce faux sang est symbolique de la projection collective à laquelle nous nous livrons en blâmant l’État pour nos propres faillites. Après tout, à quoi servent nos impôts si ce n’est à une vaste thérapie de groupe ? Le paiement justifie le transfert : mon vieux, à 18 % par an, je peux bien insulter un ou deux hommes politiques, quelques fonctionnaires, et puis casser un peu de mobilier urbain...

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