La bande annonce est gentiment trompeuse, en nous faisant croire qu’on verra une comédie bouffonne, alors que les auteurs dépassent ce genre en évoquant (sérieusement) l’École et le rôle fondamental qu’elle peut jouer dans l’émancipation des adolescents. Car tout ne se joue pas à la maison, dont les défaillances peuvent être lourdement préjudiciables à l’épanouissement d’un enfant. Illettrisme, pauvreté, violence... L’École est un sanctuaire et un guide. Tout comme l’Europe en tant qu’institution est immensément vertueuse en tant que préceptrice des bonnes pratiques démocratiques. Un profond humanisme habite le film, soucieux de bienveillance à l’égard d’enfants qu’ailleurs on se contenterait de punir. La punition n’a pas complètement disparu de l’École, mais elle intervient plus tard à Saint-Denis qu’à Saint-Placide. Certains mots (et pensées) qui étaient inaudibles/inacceptables dans une salle de classe des années 1985 ont percé la membrane symbolique qui protégeait l’enceinte scolaire et rejoint le lexique partagé par les enseignants et les élèves. Ce sont les mots de la communication moderne, de la musique, mais aussi de la bêtise hélas. L’émancipation vraie passe par une révolution verbale/langagière. Les déblatérations imbéciles qui forment le langage « jeune » sont symboliques d’une exclusion du monde. Les auteurs s’attachent donc aux mots et aux sentiments qui les animent. Y a-t-il dérision ou sérieux dans la profération d’insultes racistes ? Est-il possible de ne pas verbaliser une colère sincère, d’appeler sa propre intelligence au secours, d’éviter bannissement et échec ? Un film sensible et généreux.

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