lundi 17 juin 2019

La Paranza Dei Bambini

Ne comptez pas sur vos notions d’italien pour comprendre « Piranhas » sans ses sous-titres, car les personnages du film parlent uniquement le napolitain. Non, ce n’est ni un patois ni un dialecte, mais une langue ancienne, parlée dans plusieurs régions italiennes depuis la fin de l’antiquité. On n’y entend rien de commun, si ce n’est, ci et là, des mots empruntés ailleurs en Europe. Comme dans d’autres cinématographies, la poésie qui émane de sa musique linguistique pourrait me suffire (à défaut d’une histoire). Dans le cinéma iranien - à chacun le sien - la musicalité du farsi m’a toujours apporté un supplément de séduction. Et le cinéma coréen, lui aussi, me semble gagner en efficacité grâce à sa langue, percutante et ondulante. À Naples, contrairement à Rome, les débats n’engagent pas de gestuelle. Regards et paroles suffisent. Les cadres sont d’ailleurs proches des visages, de leur beauté d’abord, de leurs émotions aussi. Le langage crypto-gay des corps et des regards, fait l’éloge d’une virilité imbécile, rayonnante d’une joie mortifère. Dans ces crânes décérébrés, où quelques grelots s’agitent et s’entrechoquent, ne naît rien qu’envie et superficialité... Aucune stratégie, mais une ambition démesurée et dangereuse. Le rythme est celui de l’adolescence, empressé, irréfléchi et divertissant, parce qu’il faut agir, s’amuser, séduire... Il n’y pas de vie, pas d’avenir, mais un jeu continuel, fondé sur l’amitié, le groupe, la horde. On s’embrasse, on rigole, on claque, on frime. C’est la belle vie... Jusqu’à la mort.

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