Je me sens obligé d’évoquer d’abord la brillante performance de Melissa McCarthy dans ce joli film new-yorkais (réalisé par une femme). On la connaît et on l’adore dans des rôles burlesques et outranciers, Hollywood s’étant emparé de son physique pour en exploiter principalement le potentiel comique. Mais, comme c’est souvent le cas avec les amuseurs, ils recèlent un potentiel tragique extrêmement intense. Je pense notamment à Coluche bien sûr, mais il y a de nombreux exemples... Dans ces rôles qui leur permettent d’exprimer leur profondeur d’âme, il semble qu’ils disposent enfin d’une occasion d’être eux-mêmes, fragiles et tristes. Contrairement à Julianne Moore, initialement choisie pour interpréter le rôle de Lee Israel, écrivaine méprisée et faussaire talentueuse (quoique condamnée pour ses contrefaçons géniales), Melissa McCarthy avait la possibilité d’incarner le rôle d’une manière assez ressemblante, en s’enlaidissant un peu quand même... Misanthrope (quasi) systématiquement déçue par ses tentatives de renouer avec l’humanité, elle est dépeinte aussi comme une grenade créative, égotique, talentueuse, et pudiquement drôle. Elle était, en tant qu’alcoolique, un aimant à chiens galeux, elle qui était pleinement femme de lettres, c’était à dire femme à chats. C’est un film à la fois sombre et lumineux, porté par des acteurs émouvants, et racontant une histoire qui offre une belle matière à réflexion sur la supercherie qui gangrène le marché de l’art...

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