mardi 21 mai 2019

Cannes

La ville, de ce côté-ci de la voie ferrée, était en plein embellissement. Les festivaliers se trouvaient là comme des intrus, dérangeant l’avancement des chaussées et des trottoirs, mais en donnant du sens à ces transformations, lancées autant pour les habitants que pour les visiteurs. Le long de la rue d’Antibes, des barrières plus ou moins franchissables suggéraient des parcours... Nous aurions dû filer droit, mais ces dames et messieurs endimanchés et éméchés, posaient leurs souliers vernis où bon leur semblait... J’observais cette chorégraphie amusante en me demandant si j’étais moi aussi l’un de ces danseurs déséquilibrés qui fêtaient la vie autant que le cinéma devant les yeux éberlués d’habitants partagés entre fierté et dégoût. Car nous étions des envahisseurs aux drôles de manières qui ne savaient rien des mœurs provençales et débarquaient ici en conquérants grossiers, certains les poches pleines, d’autres au contraire bien vides... Mais le champagne coulait ici et là en bonne quantité. Les édentés de l’audiovisuel mondial pourraient s’enivrer sans peine. D’autres, plus gras, prendraient des tables dans les restaurants du Suquet, commanderaient bouteilles et viandes, desserts et digestifs... Ils retrouveraient la patronne si sympathique de leur adresse préférée, ses manières chaleureuses tellement attachantes, encore au travail malgré son âge avancé. « Vos gnocchis, Madame ! » Il est tellement drôle, ce producteur danois ! « Vous étiez avec votre dame, l’année dernière, non ? » « J’en ai changé depuis, chère Madame ! Fêtons donc cela ! » Et glou, et glou, et glou... Si Cannes ne devait être que cinéma, on parlerait davantage de Berlin. Ce qui avait changé, c’était la chaussée. Pour le reste, d’une manière délicieusement rassurante, le Festival offrait ses charmes habituels. Et, angoisses diverses mises à part, beaucoup de bonheur...




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