samedi 7 août 2010

Plan B

« Plan B » n’a probablement pas coûté grand-chose (et heureusement). On imagine le réalisateur exiger de son chef opérateur qu’il n’y ait pas de lumière (artificielle), comme dans le « Baise-moi » de Virginie Despentes (la tigresse et sa coréalisatrice s’étaient battues pour cela). Le scénario, qui est l’un des atouts de ce petit bijou argentin, ancre l’histoire dans le crépuscule, entre soir et matin. Une zone grise, où tout semble pouvoir se passer, même le plus inattendu. Pas d’éclairage donc. La caméra ? Pas de haute définition : pas sûr que Marco Berger ait été tourné en 35 mm. À vérifier. Les acteurs sont beaux certes, mais semblent appartenir à la vie : une vie marginale, dans laquelle le travail n’est jamais évoqué, comme si c’était une notion étrangère ou vulgaire. Marrant. Le sport et le football sont très présents, mais de manière elliptique. La narration prend son temps, celui du trouble qui se développe petit à petit dans l’esprit des protagonistes : est-il possible que ce désir naisse en eux ? Et doivent-ils le combattre ? Il n’est pas besoin d’aller trop vite pour montrer ce changement. Les personnages sont développés avec justesse, aucun des deux ne renonçant à ce qui fait sa singularité : les acteurs les incarnent avec fraîcheur et talent. Un joyau d’été.

vendredi 6 août 2010

Inception

Christopher Nolan, le génial metteur en scène britannique de « The Dark Knight » ne pouvait pas créer de plus forte attente. Warner a d’ailleurs soigné l’arrivée du film avec une bande-annonce des plus alléchantes. Et puis cette affiche de super luxe ! Leonardo DiCaprio est quand même ce qui se fait de mieux à Hollywood de nos jours ! Seulement, pour qu’il émeuve, cet acteur extraordinaire, il a quand même besoin d’un patron (Sam Mendes ou Martin Scorcese) et d’un projet. Un grand acteur n’est rien sans tout cela. Al Pacino n’est-il pas exaspérant dans ses films alimentaires ? Mais Leonardo, lui, n’en est pas tout à fait là. Il peut choisir ses rôles. On imagine les offres pleuvoir dans le bureau de son agent. Sans doute, au départ, y avait-il un scénario. Et puis, les millions par dizaines, leurs contraintes, et ces abominables messieurs du marketing… On les imagine en réunion se disant que les études montrent un goût des publics cibles pour les coups de feu et les poursuites en bagnole… Alors, peu importe le sujet et la possibilité d’en faire un film intelligent : la promotion coûtera encore plus cher que le film et il faut rentabiliser cette opération. On va racoler. Eh ! Venez voir « Inception » ! Y’a Marion Cotillard qui donne des coups de couteau ! Y’a des cascades et des cascadeurs, des répliques débiles, des explosions et des écroulements… Que demande le peuple ? Si seulement c’était un vrai film d’action ! Mais la dose d’ésotérisme y est trop forte : on se retrouve entre deux mondes marketing. Les cadres se sont plantés. Le film est raté.

dimanche 11 juillet 2010

Twilight - Hésitation

Ce troisième épisode de la saga romantico-vampirique lui donne malheureusement une tournure télévisuelle assez fâcheuse, puisque c’est effectivement en concurrence frontale avec « True Blood » que « Twilight » s’expose désormais aux critiques et aux billevesées. On ricane dans les chaumières. La Bonne Fée pouffe et s’esclaffe. Et je crains qu’il n’y ait plus rien à défendre. Tout juste y a-t-il quelques cadres proprets, deux ou trois répliques amusantes, et un chouia de dérision s’agissant du puritanisme de l’auteure, désormais assumé par le personnage d’Edward, vampire de la fin du XIXe siècle dont une éducation religieuse sévère a forgé le caractère et la morale : on ne baise pas avant le mariage ma chère ! Sans doute Jacob, le bibendum loup-garou, aurait-il moins de scrupules s’il avait accès à la virginité de Bella… On sent bien qu’elle ne dirait pas non… D’ailleurs, cette salope cède partiellement à la tentation : la salle n°1 du Gaumont Opéra Premier a hurlé d’indignation. CHOC TOTAL. Ils auraient mieux fait de laisser les rênes de la saga à Catherine Hardwicke ces imbéciles. Bref. Pas prioritaire.

dimanche 9 mai 2010

En sus ojos

« El secreto de sus ojos » a non seulement décroché l’Oscar du meilleur film étranger face à « Ajami » et « Un Prophète » notamment, mais aussi 13 récompenses de l’Académie argentine du cinéma, le Goya du meilleur film étranger en espagnol (alors qu’il est coproduit avec l’Espagne), 5 prix à La Havane, etc. C’est le nombre de ses ingrédients qui l’a distingué parmi ses concurrents. Le film de Juan José Campanella est une paëlla dans laquelle le chef n’a oublié de mettre ni les encornets, ni les gambas, ni le chorizo. À la fois thriller, drame romantique et saga politico-historique avec des moments de comédie, ce film est ce qui se fait de plus nourrissant sur la planète cinéma. Le mélange des genres pourrait être indigeste, mais le coup de génie est précisément qu’on n’est pas écœuré. On passe d’une époque à l’autre, admiratif de l’excellent travail de décoration et de maquillage, et même bluffé à l’occasion d’une scène impressionnante de stade de foot, en regrettant seulement quelques saloperies oubliées au cours de la postproduction. On avait découvert Ricardo Darin dans « Nueve Reinas » : un chouia cabot, ses regards sont parfois complaisants, et l’on peut regretter que le metteur en scène ne lui ait pas offert de sortir de son image, désormais figée. Sorte d’infatigable « latin lover » incapable d’exprimer la moindre émotion, cet acteur est la star argentine du moment. Finalement, les moments de bravoure, les jolies idées de mise en scène, et les belles lumières l’emportent sur les minutes un peu faciles et même ratées de cet amour impossible. Alors, voilà un film à voir !

samedi 8 mai 2010

Séance

« En sus ojos »
Oscar 2010 du meilleur film étranger
Séance de 13h20
Samedi 8 mai 2010
Gaumont Opéra Premier

lundi 3 mai 2010

Life During Wartime

« Life During Wartime » est la suite de « Happiness », chef-d’œuvre malheureusement méprisé en France au moment de sa sortie. Ciaran Hinds, le grand acteur irlandais récupéré par Hollywood, a remplacé Dylan Baker. Son personnage, dix ans après, s’est épaissi et terni, apparaissant plus monstrueux encore après l’inceste et la prison, ces dimensions que le personnage de Bill Maplewood n’avait pas au départ de la série. Et tous les personnages de « Life During Wartime » ont de l’épaisseur : en fait, la grande originalité des personnages de Todd Solondz, c’est leur constante détresse. Elle nous apparaît comme hystérique et provoque le rire, mais l’expérience de la salle d’hier, à l’Opéra, montre aussi que ce tragi-comique ne déride pas tous les spectateurs. Je n’avais qu’une alliée, au 4e rang, qui riait en même temps que moi. La grande scène d’Ally Sheedy, qui incarne une sœur fortunée au bonheur désespérément incompris, est prodigieuse et déjà culte ! Todd Solondz amène ses acteurs vers des univers inédits qui rappellent l’inquiétante étrangeté des films de David Lynch. Ici, l’hystérie, l’insatisfaction chronique, la dépression n’autorisent pas l’harmonie : rien ne peut aller vraiment bien et le bonheur est suspect. La scène de confrontation entre Bill et son fils aîné, qui est aussi sa victime, est d’une force dramatique qui, pour moi, a posé un jalon dans l’histoire du cinéma. Seul David Cronenberg avait réussi à produire une telle intensité dramatique avec « A History of Violence ». Chez Todd Solondz, le génie tient notamment à ce suspens totalement flippant qui pourrait amener chaque situation à basculer dans la violence. Tous au bord de s’effondrer comme des châteaux de cartes ou de fondre comme des rapaces. Ce film est un nouveau coup de génie !

dimanche 2 mai 2010

Iron Man 2

Au studio, ils ont dû se dire que cette « licence » devait son succès, entre autres choses, à ces dialogues bruyamment verbeux écrits comme des concours d’éloquence pour coqs et poules ultra-vitaminés, qui placeraient les personnages dans un halo de brio et de glamour d’où aucun autre héros n’irait les déloger. Tony Stark serait donc légitimement riche et invincible parce qu’il disposerait de cette intelligence d’une incroyable vivacité dont nous ne pourrions qu’être admiratifs. D’ailleurs, ses adversaires, eux, ne semblent pas très malins. Surtout ce malheureux Justin Hammer, une sorte de laborieux industriel malchanceux et balourd, ni futé, ni bien habillé, ni tout à fait méchant non plus… Mais lui aussi assez bruyant. C’est une nouvelle fois le fabuleux Mickey Rourke qui crève l’écran. On a évidemment réduit son rôle à la portion congrue pour éviter qu’il n’assombrisse trop l’image du rutilant Iron Man. Mais il est là le vrai héros : ce douloureux vengeur difforme dont les rires sardoniques, tels des venins, empoisonnent ses victimes. On l’avait adoré dans « The Wrestler », le dernier coup de maître de Darren Aronofsky. Il avait été magnifique dans « Sin City ». Il nous le faut davantage cet acteur hors norme, dont le corps explose sous la pression d’une sensibilité trop intense pour être contenue dans une enveloppe humaine. Alors vive Mickey Rourke !

samedi 1 mai 2010

Séance

« Iron Man 2 »
Séance de 14h00
Samedi 1er mai 2010
Max Linder

mardi 27 avril 2010

Kick-Ass

Depuis l’enfance et la préadolescence jusqu’à l’adolescence la plus attardée, qui ne s’arrête probablement pas à 40 ans (l’auteur écossais de la bande dessinée est né en 1969), mais bien après, la surface marketing de « Kick-Ass » est gigantesque. Les règles des studios gâchent un peu la fête en attribuant le rôle à un beau gosse qu’on ne voit pas un instant dans le film comme ce bigleux complexé que les filles ignoreraient, selon ses dires de narrateur, dans les couloirs du lycée… C’est l’arnaque classique des films de studio. Pour le reste, la comédie n’est pas non plus finaude, mais il y a quelque chose de malin dans ce film. Parmi les éléments auxquels on accroche son rire, il y a tous ces fantasmes inavouables qu’on développe chacun dans son coin, se demandant s’il est convenable d’aimer les armes à feu, les petites filles vengeresses et sadiques, et la baston de manière générale… Et la bravoure ? Combien de conversations ai-je conduites jusqu’à la rixe en m’interrogeant sur le courage dont j’aurais peut-être fait preuve en 1940 ou en 1942 face à l’envahisseur nazi, questionnant au passage le courage dont les autres auraient fait preuve au même moment… Et, modestement, n’acceptons-nous pas, honteusement, la possibilité qu’effectivement nous n’aurions peut-être pas été des héros ? Et tout à coup, nous voilà honteux de cette lâcheté qui ferait de nous dès aujourd’hui de pauvres types ! Charles Bronson avait un flingue : Kick-Ass des bâtons de farces et attrapes, un squelette un peu renforcé après un mauvais accident, et le désir ardent de plaire à cette jolie poupée du placard d’à côté. Rassurez-vous, le film n’est pas diffusé en 3D ! Vous ne serez pas rackettés pour les lunettes et ne sortirez pas avec une conjonctivite ! En fait, on quitte la salle avec un grand sourire ! Et cet étonnement de voir, vers 21h15, un ciel si clair.

lundi 26 avril 2010

« Kick Ass »
Séance de 19h10
Lundi 26 avril 2010
Gaumont Opéra Premier

lundi 19 avril 2010

Green Zone


Depuis « Bloody Sunday », l’œuvre de Paul Greengrass est un parcours sans faute. On n’a jamais été déçu par ses films. Avec Michael Winterbottom et Christopher Nolan notamment, ils incarnent l’incapacité du Royaume-Uni à retenir les plus grands talents du cinéma, formés à Londres tout comme Michael Mann. Acteurs et metteurs en scène de génie ont donc quitté l’Angleterre et enrichi la production hollywoodienne de ce qui se fait de mieux au monde. Le plus grand acteur contemporain, Daniel Day Lewis, est londonien, tout comme Christopher Nolan… Cette capacité des États-Unis à absorber l’excellence d’où qu’elle vienne est fascinante. En France, ce qu’ils viennent chiper, ce sont les étudiants de l’École des Gobelins, cette noble institution formant les meilleurs animateurs du monde. C’est Jeffrey Katzenberg qui se repait de ces jeunes talents, ne leur laissant même pas le temps d’imaginer une vie française. La Fémis ne semble pas exercer un charme aussi fort. Allez savoir. S’agissant de « Green Zone », j’en suis sorti sans savoir si je l’avais aimé. Et je ne suis pas encore sûr d’y avoir trouvé ce que j’attendais. Je voulais être surpris, mais rien dans l’intrigue ou dans la mise en scène ne m’a réellement satisfait. Bien sûr, la grande scène d’action finale est d’un virtuose. Mais on reste sur sa faim. Ce sont les crasses entre services américains qui sont insuffisamment développées me semble-t-il : c’est dommage. C’est quand même bien agréable à regarder.

Ajami

On savait déjà que ce film allemand était l’un des meilleurs films israéliens de l’année. D’ailleurs, « Ajami » avait décroché un prix à Cannes (Caméra d’Or – Mention Spéciale), remporté le Prix Wolgin à Jérusalem, et gagné des prix à Thessalonique et à Tallinn. Le vendeur allemand, The Match Factory, a encore enrichi son magnifique catalogue d’un trésor au potentiel international évident. L’absurdité et la violence des conflits israélo-palestiniens y sont exposées avec génie. Aucune posture idéologique : les auteurs décortiquent, en employant une narration ultramoderne, les mécanismes qui engendrent la violence. Les personnages sont magnifiquement développés et les acteurs bouleversants de naturel. Car, en plus de cette écriture talentueuse et exigeante, on a de vrais metteurs en scène de cinéma, qui dirigent leurs acteurs, et nous conduisent ensemble vers un drame dont on se sent partie prenante. Il ne s’agit pas d’une énième leçon consistant à nous rappeler la complexité de ce pays : on sait déjà plus ou moins. C’est un thriller aux émotions fortes qui ne prend pas le spectateur pour un con. Des méchants palestiniens ? Ben ouais. Y’a aussi de méchants israéliens. Et ils se font du mal. Et à chaque fois qu’ils s’entretuent, il y a des raisons, des explications, mais aussi l’engrenage absurde des conséquences… La scène du tribunal bédouin est fabuleuse : je ne crois pas qu’on ait jamais filmé ça. Oui, parce que les palestiniens se font aussi du mal entre eux… Comme s’ils ne souffraient pas assez comme ça… Et puis il y a l’amour immense de ce jeune dessinateur pour son grand frère, qu’il voudrait sauver d’un destin tragique… Dessinateur prédicateur qui rappelle le Prophète de Jacques Audiard… Enfin, ce film est d’une richesse irracontable. Allez le voir !

Alice au Pays des Merveilles

On avait déjà aimé Mia Wasikowska à Berlin dans le fabuleux film de Lisa Cholodenko, « The kids are all right » (considéré ici comme la meilleure comédie de tous les temps). Cette jolie actrice australienne semble apporter au cinéma américain un nouveau personnage : l’adolescente « mature ». C’est un personnage qui faisait défaut parce qu’il semble tout à coup très original. Dans le magnifique « Alice au Pays des Merveilles » de Tim Burton, elle est parfaite ! Johnny Depp est lui aussi formidable en chapelier cinglé et baroque. Et puis toujours l’excellente Helena Bonham Carter. Je craignais une épuisante accumulation d’effets visuels et de vaines gesticulations : le dernier film de Tim Burton, « Sweeney Todd », n’avait été que cela hélas. Mais cette fois, en dehors de la fatigue oculaire et cérébrale qu’entraîne la 3D avec ces grosses lunettes stupides, le film est réjouissant. Les dessins de Disney sont développés de manière admirables : le chat, auquel l’excellent Stephen Fry prête sa voix, est un régal de sensualité féline… Anne Hathaway est vraiment drôle en Reine Blanche… Peut-être un regret : le Stayne de Crispin Glover n’est pas tout à fait convaincant. Pas grave. Pour l’essentiel, c’est un magnifique divertissement.

Bal

Je n’avais pas vu « Bal » à Berlin. Et puis me voilà à Istanbul, invité dans un multiplexe étonnant, avec salle de fitness et bar, un verre de vin blanc à la main, pour une projection privée en présence du réalisateur. Semih Kaplanoglu s’adressa à nous dans sa magnifique langue natale avec une noblesse intimidante. Son film est une pure splendeur. Pas étonnant qu’il ait obtenu l’Ours d’Or ! Comment fait-on pour donner ainsi le premier rôle d’un film aussi émouvant à un petit garçon qui n’a pas encore l’âge de raison ? Suffit-il d’abandonner le petit acteur à son naturel, et on aurait alors choisi un enfant mélancolique ? Je ne crois pas. Car, il y a ces moments d’espièglerie à l’école, certes rares, parce que c’est toujours le drame qui l’emporte, celui de l’impossible lecture. Et puis la joie qui l’illumine quand il peut se retrouver seul avec ce père qu’il adore, et qui lui fait découvrir cette belle nature, de forêt et de montagne, de fleurs sucrées, d’abeilles et de ruches. Ensemble, l’affranchissement des contraintes, l’apprentissage, les murmures de la complicité, et le sourire… Ce père immense et savant avec lequel tout à coup le langage se développe en sourdine, à l’abri des regards et des moqueries, au son des oiseaux et des craquements. Tous les plans sont des tableaux composés avec le raffinement des grands maîtres hollandais : et les déplacements, les cadres, les flous, les sons, tout y est ART. C’est beau ! BEAU ! Et tellement émouvant ! Le plan final est extraordinaire. « Bal » est à voir absolument ! Heureusement, il sera distribué prochainement en France…