lundi 19 avril 2010

Bal

Je n’avais pas vu « Bal » à Berlin. Et puis me voilà à Istanbul, invité dans un multiplexe étonnant, avec salle de fitness et bar, un verre de vin blanc à la main, pour une projection privée en présence du réalisateur. Semih Kaplanoglu s’adressa à nous dans sa magnifique langue natale avec une noblesse intimidante. Son film est une pure splendeur. Pas étonnant qu’il ait obtenu l’Ours d’Or ! Comment fait-on pour donner ainsi le premier rôle d’un film aussi émouvant à un petit garçon qui n’a pas encore l’âge de raison ? Suffit-il d’abandonner le petit acteur à son naturel, et on aurait alors choisi un enfant mélancolique ? Je ne crois pas. Car, il y a ces moments d’espièglerie à l’école, certes rares, parce que c’est toujours le drame qui l’emporte, celui de l’impossible lecture. Et puis la joie qui l’illumine quand il peut se retrouver seul avec ce père qu’il adore, et qui lui fait découvrir cette belle nature, de forêt et de montagne, de fleurs sucrées, d’abeilles et de ruches. Ensemble, l’affranchissement des contraintes, l’apprentissage, les murmures de la complicité, et le sourire… Ce père immense et savant avec lequel tout à coup le langage se développe en sourdine, à l’abri des regards et des moqueries, au son des oiseaux et des craquements. Tous les plans sont des tableaux composés avec le raffinement des grands maîtres hollandais : et les déplacements, les cadres, les flous, les sons, tout y est ART. C’est beau ! BEAU ! Et tellement émouvant ! Le plan final est extraordinaire. « Bal » est à voir absolument ! Heureusement, il sera distribué prochainement en France…

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