jeudi 30 mai 2019
Parasite
Un caramel macchiato en main, j’étais prêt. L’avant-première avait lieu dans la salle n°1 du Gaumont Opéra Premier (la salle Gaumont la mieux programmée), où nous avions les sièges D1 et D3, idéalement placés en face de l’écran. La salle s’est vite remplie. Bong Joon-ho n’est pas mon cinéaste coréen préféré, mais « Memories of murder » et « Mother » m’ont beaucoup impressionné. J’ai aussi été vraiment séduit par « Okja », le film qu’il avait réalisé pour Netflix. Mais ni « The Host » (que tout le monde cite comme son chef-d’œuvre) ni « Snowpiercer » ne figurent très haut dans mon estime. Alejandro González Iñárritu ayant déclaré - malgré les regards apparemment renfrognés de certains membres du jury - qu’ils lui avaient attribué la Palme d’Or à l’unanimité, il avait créé en moi une grande impatience. Je m’étais attaché à ne rien lire et à ne rien regarder pour être surpris. D’emblée, ce qui m’a réjoui - et peut-être rassuré - ce sont des retrouvailles personnelles avec un éther coréen qui imprègne tous les films auxquels je me suis attaché. Personnages et situations expriment cet éther par des comportements et des pensées qui flirtent avec ce que nous percevons habituellement comme de la folie. C’est une fantaisie singulière, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Bien sûr, la licence prise sur le monde est large, mais à quoi bon faire du cinéma si l’on n’a pas le droit d’embellir, d’enlaidir, d’affabuler ? Y a-t-il suspension d’incrédulité devant une histoire aussi bourrée de fantaisie ? Pour certains spectateurs, l’adhésion est difficile. Quant à moi, je suis un bon client du cinéma de genre coréen, pourvu qu’il propose autant de rigueur et de talent que dans ce film, qui a été mis en scène avec génie. Sur le plan visuel, il y a beaucoup de cinéma : les décors ont fait l’objet d’un soin extraordinaire, pour exprimer la misère ici, et la richesse là. Chaque plan est pictural. Le son a lui aussi été travaillé d’une manière assez rare au cinéma, avec un emploi raffiné de la prise de son et du mix qui permet au public d’être baigné dans un monde de bruits. On tourne parfois la tête en se demandant si c’est le film ou le public qui fait tel ou tel son... Très chouette. Et puis, ô régal, les acteurs sont grandioses. Leur art est d’une puissance exceptionnelle. Une leçon de cinéma à ne surtout pas rater !
dimanche 26 mai 2019
Rigorisme
La série « Suits » (Avocats sur mesure), produite pour le réseau USA, et disponible avec un peu de retard sur Netflix, a développé des personnages très attachants d’avocats d’affaires new-yorkais. Pour éviter ennui et mièvrerie, les auteurs s’attachent à rappeler régulièrement leurs tentations cyniques et mercantiles, leurs egos surdimensionnés, leurs rivalités bagarreuses... Mais au fond, pour que nous les aimions beaucoup, ils en font surtout des humanistes profondément humains, constamment empêtrés dans des situations inextricables du fait de leurs cas de conscience. Et au cœur du feuilleton, pour que le muscle dramatique batte si fort, il y a cette foutue morale (protestante). Malgré leurs belles sapes, ces avocats, tout comme les procureurs qu’ils affrontent, sont les membres d’un clergé. Sous les « Suits », on sent que soutanes et robes de bure gratouillent et chatouillent leurs corps survoltés. Malgré les nombreux voyages que j’ai effectués aux États-Unis, je reconnais ne pas avoir compris grand chose aux mentalités, notamment à New York, où l’on entend constamment dans les propos qui sont tenus de l’intransigeance, chacun adoptant une posture idéale mais de manière souvent grotesque. Suis-je trop « latin » pour comprendre cela ? Il me semble parfois que les auteurs de la série s’attachent justement à saper les fondations de ce rigorisme en s’en prenant à l’idolâtrie de la Vérité comme alternative eu Mensonge, ce mal absolu qui rongerait la société. Comment démolit-on ce veau d’or ? En établissant de manière systématique que ses promoteurs sont eux aussi, d’une manière ou d’une autre, des menteurs. Et comment en douter ? Personne n’est irréprochable de ce point de vue. Il est bien sûr impossible de ne jamais mentir. Et comment définit-on le mensonge de toute façon ? S’il fallait en arriver là, on ouvrirait une bible... Derrière chaque inquisiteur au regard sévère, planquée dans la pénombre, une faute tue sera révélée à un moment ou à un autre. La confrontation sera la solution. Une série divertissante mais répétitive.
jeudi 23 mai 2019
John Wick Parabellum
Alors que le deuxième volet de cette saga m’avait enchanté, « John Wick Parabellum » m’a franchement ennuyé. Ce qui m’avait semblé nouveau et divertissant dans « John Wick 2 » (on imagine un story-boarding d’une grande précision) a été repris dans le troisième volet sans recul et finalement sans intelligence. Alors que la grande fusillade romaine de l’épisode précédent avait été conçue de manière énergique et graphique, celle du souk imaginaire de Casablanca dans ce film-ci est absconse tant il y a d’assaillants, et tant ils sont vulnérables. Il y a là une grossière erreur d’écriture et de montage - sans compter la faiblesse de la mise en scène - qui plombe l’ensemble du récit. Je ne critique pas les nombreuses licences prises sur le réel, car j’aime l’univers délirant qu’on nous propose, entre jeu vidéo et bande dessinée. Mais il existe malgré tout des limites à ne pas dépasser, certes imprécises/invisibles, et pourtant flagrantes aux yeux des spectateurs. La pluie d’assaillants de la Casbah se situe malheureusement au-delà de cette frontière insaisissable : au centième arabe trucidé, on décroche. Une bonne fusillade peut être un excellent spectacle au cinéma. Les hommes tombent, mais on sait bien que personne n’a vraiment été blessé. La violence n’est pas vraiment là. Même les os brisés, les chairs déchirées, les brefs hurlements de figurants anonymes ne sont quasiment rien. Mais trop, c’est trop. C’est un film qui ne vaut selon moi que pour la beauté de ses décors...
mardi 21 mai 2019
Cannes
La ville, de ce côté-ci de la voie ferrée, était en plein embellissement. Les festivaliers se trouvaient là comme des intrus, dérangeant l’avancement des chaussées et des trottoirs, mais en donnant du sens à ces transformations, lancées autant pour les habitants que pour les visiteurs. Le long de la rue d’Antibes, des barrières plus ou moins franchissables suggéraient des parcours... Nous aurions dû filer droit, mais ces dames et messieurs endimanchés et éméchés, posaient leurs souliers vernis où bon leur semblait... J’observais cette chorégraphie amusante en me demandant si j’étais moi aussi l’un de ces danseurs déséquilibrés qui fêtaient la vie autant que le cinéma devant les yeux éberlués d’habitants partagés entre fierté et dégoût. Car nous étions des envahisseurs aux drôles de manières qui ne savaient rien des mœurs provençales et débarquaient ici en conquérants grossiers, certains les poches pleines, d’autres au contraire bien vides... Mais le champagne coulait ici et là en bonne quantité. Les édentés de l’audiovisuel mondial pourraient s’enivrer sans peine. D’autres, plus gras, prendraient des tables dans les restaurants du Suquet, commanderaient bouteilles et viandes, desserts et digestifs... Ils retrouveraient la patronne si sympathique de leur adresse préférée, ses manières chaleureuses tellement attachantes, encore au travail malgré son âge avancé. « Vos gnocchis, Madame ! » Il est tellement drôle, ce producteur danois ! « Vous étiez avec votre dame, l’année dernière, non ? » « J’en ai changé depuis, chère Madame ! Fêtons donc cela ! » Et glou, et glou, et glou... Si Cannes ne devait être que cinéma, on parlerait davantage de Berlin. Ce qui avait changé, c’était la chaussée. Pour le reste, d’une manière délicieusement rassurante, le Festival offrait ses charmes habituels. Et, angoisses diverses mises à part, beaucoup de bonheur...
lundi 20 mai 2019
Dolor y Gloria
Le personnage incarné par Antonio Banderas dans « Dolor y Gloria », celui d’un cinéaste pétri de douleurs, épuisé et déprimé, et surtout profondément nostalgique, a dû rencontrer dans mon inconscient la grande inquiétude qui s’empare des hommes à leur cinquantième anniversaire. Peut-être n’y a-t-il rien à reprocher au personnage ou à l’interprétation d’Antonio Banderas, car j’avoue avoir ressenti une profonde compassion pour cet homme abîmé. Quelque chose avait été réussi, mais d’une manière qui me dérangeait et m’attristait. J’étais allé voir ce film en espérant trouver davantage de légèreté, mais Pedro Almodovar n’était pas d’une humeur badine quand il a écrit cette histoire. Le système des renvois aux souvenirs d’enfance du personnage est organisé de manière explicative pour éclairer sa personnalité, de façon plutôt flatteuse en dessinant le portrait d’un enfant timide et brillant, et aussi fortement chargée sur le plan fantasmatique, en lui offrant un rôle dominant sur l’objet de son désir, un jeune ouvrier benêt, beau et gentil. Sa maman, sublimée sous les traits de Pénélope Cruz, est évidemment l’être le plus aimé, à la fois idéale et bienveillante. Tout en retrouvant l’univers sensible et coloré d’Almodovar, on se retrouve plongé dans un univers légèrement plus masculin que dans ses films précédents, les femmes n’occupant plus que des fonctions catalysantes. Les hommes ont enfin le beau rôle, de manière anachronique à l’époque de la féminisation du cinéma, et surprenante de la part du meilleur portraitiste des femmes depuis 1980...
dimanche 12 mai 2019
samedi 11 mai 2019
Temblores
I admire the subtlety of Jayro Bustamante’s storytelling. It was of a fascinating beauty in “Ixcanul”, his first feature, fairly celebrated in Berlin (and all over the world). I feel a kind of magic in the little distance he manages to maintain between our eyes and his characters, whom he tends to protect emotionally. Some might consider that distance a cold hearted treatment of trauma/pain. But I happen to like the elegance of his choices, avoiding pathos, and yet sharing part of the intimate drama his characters experience. JB is not so much into tears although a little shouting/screaming might please him from time to time. And he seems particularly careful with the phrasing of love. Maybe those families are not particularly open to such demonstrations? “Temblores” has some features of a manifesto against alienation. And yet, showing freedom as little appealing, the viewer might wonder about his intentions. An extremely good looking middle aged man leaving wealth and a beautiful wife for slums and an average looking drunkard lover would make anyone wonder/hesitate. Love - but is it genuine love Pablo feels - easily transforms into a vain infatuation with the help, thank you wealth, of needles, cold showers and closeted lesbians... Gorgeous aesthetics, very convincing actors, and a quite disturbing story... Not to miss!
mardi 7 mai 2019
dimanche 5 mai 2019
Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile
Who knew Zac Efron was such a good actor? I had only seen pictures of him and considered him a good looking playboy with gorgeous body and face. In fact I had never seen him in a show or a movie. And I was extremely impressed by his performance as Ted Bundy in Joe Berlinger’s “Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile” (the words Judge Edward D. Cowart pronounced to qualify Ted Bundy’s crimes). I saw a young actor seizing an opportunity to show his talent and offer a new turn to his career. Not one second does he forget his character and how convincing he should be interpreting one of the deadliest serial killers in US history. I was extremely impressed by his involvement and frankly even disturbed by his uncanny faces. There are scenes where his features seem to express evil and almost do you harm. The expression “the devil’s beauty” suits Ted Bundy perfectly. He could easily seduce women, but only to destroy them. The producers chose not to make their movie a thriller but mostly a portrait of the killer, showing him as a balanced, charismatic and brilliant family man seemingly in love with his girlfriend. The producers do not mean to make a flattering or sympathetic portrait of a monster, but his personality is a cinematographic object storytellers had to seize. Also, maybe consider watching that movie to see an actor suddenly becoming a great actor?
vendredi 3 mai 2019
The Long Night
Here are a few words from a 49 year old teenager. Those who have not yet seen The episode, please do not read those lines. I purposefully do not use the word “s.....” because this social network would immediately block my publication. Only to say... A few days after my first viewing - I watched it twice - I still feel overwhelmed by the intensity of what I saw and heard. It almost never happens to me in front of a television set. For sure, there were a few minutes of “The Walking Dead” that were genuinely heartbreaking. But what GOT’s producers managed to tell in that episode offered me the greatest television experience I have ever lived. I think I feel grateful for the emotions I felt. And I also feel sad as I wonder what might follow. I was extremely impressed by the dramatic journey the producers took me through. The first assault towards Death led by Jorah Mormont is impossible to forget, as lit swords rapidly fade away in the dark, and the traumatic sound of gallops rushing back from a failed battle, bruised bloody faces, and already a sense of doom... The strongest and most heroic knights now confronting an enemy with unlimited resources seem to experience genuine despair for the first time... Miguel Sapochnik, the director of that episode, did a fantastic job taking the cast to new emotional places, breaking features otherwise dignified, and now seemingly confronted by archaic terror as the end of the world is near. “The Long Night” is by far GOT’s best episode.
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