Depuis l’enfance et la préadolescence jusqu’à l’adolescence la plus attardée, qui ne s’arrête probablement pas à 40 ans (l’auteur écossais de la bande dessinée est né en 1969), mais bien après, la surface marketing de « Kick-Ass » est gigantesque. Les règles des studios gâchent un peu la fête en attribuant le rôle à un beau gosse qu’on ne voit pas un instant dans le film comme ce bigleux complexé que les filles ignoreraient, selon ses dires de narrateur, dans les couloirs du lycée… C’est l’arnaque classique des films de studio. Pour le reste, la comédie n’est pas non plus finaude, mais il y a quelque chose de malin dans ce film. Parmi les éléments auxquels on accroche son rire, il y a tous ces fantasmes inavouables qu’on développe chacun dans son coin, se demandant s’il est convenable d’aimer les armes à feu, les petites filles vengeresses et sadiques, et la baston de manière générale… Et la bravoure ? Combien de conversations ai-je conduites jusqu’à la rixe en m’interrogeant sur le courage dont j’aurais peut-être fait preuve en 1940 ou en 1942 face à l’envahisseur nazi, questionnant au passage le courage dont les autres auraient fait preuve au même moment… Et, modestement, n’acceptons-nous pas, honteusement, la possibilité qu’effectivement nous n’aurions peut-être pas été des héros ? Et tout à coup, nous voilà honteux de cette lâcheté qui ferait de nous dès aujourd’hui de pauvres types ! Charles Bronson avait un flingue : Kick-Ass des bâtons de farces et attrapes, un squelette un peu renforcé après un mauvais accident, et le désir ardent de plaire à cette jolie poupée du placard d’à côté. Rassurez-vous, le film n’est pas diffusé en 3D ! Vous ne serez pas rackettés pour les lunettes et ne sortirez pas avec une conjonctivite ! En fait, on quitte la salle avec un grand sourire ! Et cet étonnement de voir, vers 21h15, un ciel si clair.
mardi 27 avril 2010
lundi 19 avril 2010
Green Zone
Depuis « Bloody Sunday », l’œuvre de Paul Greengrass est un parcours sans faute. On n’a jamais été déçu par ses films. Avec Michael Winterbottom et Christopher Nolan notamment, ils incarnent l’incapacité du Royaume-Uni à retenir les plus grands talents du cinéma, formés à Londres tout comme Michael Mann. Acteurs et metteurs en scène de génie ont donc quitté l’Angleterre et enrichi la production hollywoodienne de ce qui se fait de mieux au monde. Le plus grand acteur contemporain, Daniel Day Lewis, est londonien, tout comme Christopher Nolan… Cette capacité des États-Unis à absorber l’excellence d’où qu’elle vienne est fascinante. En France, ce qu’ils viennent chiper, ce sont les étudiants de l’École des Gobelins, cette noble institution formant les meilleurs animateurs du monde. C’est Jeffrey Katzenberg qui se repait de ces jeunes talents, ne leur laissant même pas le temps d’imaginer une vie française. La Fémis ne semble pas exercer un charme aussi fort. Allez savoir. S’agissant de « Green Zone », j’en suis sorti sans savoir si je l’avais aimé. Et je ne suis pas encore sûr d’y avoir trouvé ce que j’attendais. Je voulais être surpris, mais rien dans l’intrigue ou dans la mise en scène ne m’a réellement satisfait. Bien sûr, la grande scène d’action finale est d’un virtuose. Mais on reste sur sa faim. Ce sont les crasses entre services américains qui sont insuffisamment développées me semble-t-il : c’est dommage. C’est quand même bien agréable à regarder.
Ajami
On savait déjà que ce film allemand était l’un des meilleurs films israéliens de l’année. D’ailleurs, « Ajami » avait décroché un prix à Cannes (Caméra d’Or – Mention Spéciale), remporté le Prix Wolgin à Jérusalem, et gagné des prix à Thessalonique et à Tallinn. Le vendeur allemand, The Match Factory, a encore enrichi son magnifique catalogue d’un trésor au potentiel international évident. L’absurdité et la violence des conflits israélo-palestiniens y sont exposées avec génie. Aucune posture idéologique : les auteurs décortiquent, en employant une narration ultramoderne, les mécanismes qui engendrent la violence. Les personnages sont magnifiquement développés et les acteurs bouleversants de naturel. Car, en plus de cette écriture talentueuse et exigeante, on a de vrais metteurs en scène de cinéma, qui dirigent leurs acteurs, et nous conduisent ensemble vers un drame dont on se sent partie prenante. Il ne s’agit pas d’une énième leçon consistant à nous rappeler la complexité de ce pays : on sait déjà plus ou moins. C’est un thriller aux émotions fortes qui ne prend pas le spectateur pour un con. Des méchants palestiniens ? Ben ouais. Y’a aussi de méchants israéliens. Et ils se font du mal. Et à chaque fois qu’ils s’entretuent, il y a des raisons, des explications, mais aussi l’engrenage absurde des conséquences… La scène du tribunal bédouin est fabuleuse : je ne crois pas qu’on ait jamais filmé ça. Oui, parce que les palestiniens se font aussi du mal entre eux… Comme s’ils ne souffraient pas assez comme ça… Et puis il y a l’amour immense de ce jeune dessinateur pour son grand frère, qu’il voudrait sauver d’un destin tragique… Dessinateur prédicateur qui rappelle le Prophète de Jacques Audiard… Enfin, ce film est d’une richesse irracontable. Allez le voir !
Alice au Pays des Merveilles
On avait déjà aimé Mia Wasikowska à Berlin dans le fabuleux film de Lisa Cholodenko, « The kids are all right » (considéré ici comme la meilleure comédie de tous les temps). Cette jolie actrice australienne semble apporter au cinéma américain un nouveau personnage : l’adolescente « mature ». C’est un personnage qui faisait défaut parce qu’il semble tout à coup très original. Dans le magnifique « Alice au Pays des Merveilles » de Tim Burton, elle est parfaite ! Johnny Depp est lui aussi formidable en chapelier cinglé et baroque. Et puis toujours l’excellente Helena Bonham Carter. Je craignais une épuisante accumulation d’effets visuels et de vaines gesticulations : le dernier film de Tim Burton, « Sweeney Todd », n’avait été que cela hélas. Mais cette fois, en dehors de la fatigue oculaire et cérébrale qu’entraîne la 3D avec ces grosses lunettes stupides, le film est réjouissant. Les dessins de Disney sont développés de manière admirables : le chat, auquel l’excellent Stephen Fry prête sa voix, est un régal de sensualité féline… Anne Hathaway est vraiment drôle en Reine Blanche… Peut-être un regret : le Stayne de Crispin Glover n’est pas tout à fait convaincant. Pas grave. Pour l’essentiel, c’est un magnifique divertissement.
Bal
Je n’avais pas vu « Bal » à Berlin. Et puis me voilà à Istanbul, invité dans un multiplexe étonnant, avec salle de fitness et bar, un verre de vin blanc à la main, pour une projection privée en présence du réalisateur. Semih Kaplanoglu s’adressa à nous dans sa magnifique langue natale avec une noblesse intimidante. Son film est une pure splendeur. Pas étonnant qu’il ait obtenu l’Ours d’Or ! Comment fait-on pour donner ainsi le premier rôle d’un film aussi émouvant à un petit garçon qui n’a pas encore l’âge de raison ? Suffit-il d’abandonner le petit acteur à son naturel, et on aurait alors choisi un enfant mélancolique ? Je ne crois pas. Car, il y a ces moments d’espièglerie à l’école, certes rares, parce que c’est toujours le drame qui l’emporte, celui de l’impossible lecture. Et puis la joie qui l’illumine quand il peut se retrouver seul avec ce père qu’il adore, et qui lui fait découvrir cette belle nature, de forêt et de montagne, de fleurs sucrées, d’abeilles et de ruches. Ensemble, l’affranchissement des contraintes, l’apprentissage, les murmures de la complicité, et le sourire… Ce père immense et savant avec lequel tout à coup le langage se développe en sourdine, à l’abri des regards et des moqueries, au son des oiseaux et des craquements. Tous les plans sont des tableaux composés avec le raffinement des grands maîtres hollandais : et les déplacements, les cadres, les flous, les sons, tout y est ART. C’est beau ! BEAU ! Et tellement émouvant ! Le plan final est extraordinaire. « Bal » est à voir absolument ! Heureusement, il sera distribué prochainement en France…
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