jeudi 4 avril 2019

The Death and Life of John F. Donovan

Le choix de ses acteurs (casting à la fois riche et sophistiqué car hyper référentiel) témoigne de ce que je ressens comme la sincérité de Xavier Dolan, de son amour du cinéma et de sa sensibilité. J’ai été impressionné par cette distribution, qui rend hommage au talent de grands comédiens, et exprime par la mise en scène la vérité de l’histoire racontée (en réalité, deux histoires coexistent dans le film : celle de l’acteur, et celle de son admirateur). La dimension autobiographique ne fait aucun doute. La scène bouleversante confiée à Michael Gambon (le voleur du « Cuisinier » de Peter Greenaway) témoigne de la culture cinématographique de Xavier Dolan, et nous informe sur la qualité de ses références esthétiques. Il est bien dommage - mais espérons qu’un « director’s cut » viendra - que l’on n’ait pas droit au personnage interprété par Jessica Chastain (scènes coupées au montage pour raccourcir le film). On ne peut que deviner des moments fortement dramatiques. Tout chez Xavier Dolan ne m’a pas toujours enchanté, certains effets ne me plaisant pas, mais comment nier à ce metteur en scène son génie ? Les mères, qu’elles soient biologiques ou de substitution, sont là surtout pour s’attendrir sur le sort de leurs fils homosexuels. Eux ne savent pas s’ils doivent les accabler, les pardonner, ou les quitter. Elles n’ont pas vraiment d’autre vertu ou d’autre qualité que ce regard bienveillant sur un enfant différent, parfois en souffrance, parfois libéré et heureux... Les mamans de Xavier Dolan sont jeunes et moins jeunes, blanches et noires, dures et douces à la fois... Elles se fâchent parfois, mais leur amour est acquis pour toujours. Le film est jalonné de scènes très émouvantes qui, même si elles sont parfois trop lourdement musicalisées, sont d’une grande justesse. Du très bon cinéma.


mardi 2 avril 2019

Black Mirror

Le progrès technique/technologique ne cesse de transformer nos existences (ô la belle découverte que voilà !). Il affecte nos vies dans des proportions que beaucoup d’entre nous mesurons mal parce que cela se passe de manière insidieuse. Je me souviens, dans les années 1998, de cet ami qui déjà préférait retirer des sommes importantes aux distributeurs automatiques pour se prémunir, en effectuant ses paiements en argent liquide, contre les intrusions de la société de surveillance dans sa vie. Les billets de banque offraient une liberté de mouvement que les paiements par carte de crédit détruisent malgré nous, parce qu’ils mesurent, datent, et localisent. À l’époque, j’observais son comportement avec amusement, considérant ses précautions comme excessives. Je me dis aujourd’hui qu’il était clairvoyant sur les dangers que les nouvelles technologies font courir sur nos libertés (dès lors qu’elles sont employées à mauvais escient). La série Black Mirror propose un regard pessimiste et probablement clairvoyant sur le devenir de nos sociétés qui, ne sachant pas suffisamment se prémunir contre l’aliénation technologique, mettent nos libertés en péril. Intelligence artificielle et délégation intellectuelle (nous nous en remettons déjà largement aux outils informatiques pour la gestion de nos vies quotidiennes), dictature numérique, implants, robotisation, automatisation, systématisation... Les auteurs ont eu les coudées franches pour libérer leurs imaginations et nous plonger dans des futurs cauchemardesques (et vraisemblables)... Les épisodes sont sans lien les uns avec les autres (rare série non-feuilletonnante), conçus comme des moyens métrages d’anticipation, tous extrêmement bien produits, avec notamment des effets spéciaux très haut-de-gamme. Ce qui impressionne le plus, c’est l’originalité des histoires racontées. On ne peut qu’être admiratif de l’imagination des auteurs de cette série et du sérieux de leur travail d’écriture. La plupart des épisodes sont par ailleurs d’une grande noirceur, et certains sont d’ailleurs assez violents. Il y a cependant peu de séries aussi surprenantes et aussi bien produites...

© Netflix

samedi 7 août 2010

Plan B

« Plan B » n’a probablement pas coûté grand-chose (et heureusement). On imagine le réalisateur exiger de son chef opérateur qu’il n’y ait pas de lumière (artificielle), comme dans le « Baise-moi » de Virginie Despentes (la tigresse et sa coréalisatrice s’étaient battues pour cela). Le scénario, qui est l’un des atouts de ce petit bijou argentin, ancre l’histoire dans le crépuscule, entre soir et matin. Une zone grise, où tout semble pouvoir se passer, même le plus inattendu. Pas d’éclairage donc. La caméra ? Pas de haute définition : pas sûr que Marco Berger ait été tourné en 35 mm. À vérifier. Les acteurs sont beaux certes, mais semblent appartenir à la vie : une vie marginale, dans laquelle le travail n’est jamais évoqué, comme si c’était une notion étrangère ou vulgaire. Marrant. Le sport et le football sont très présents, mais de manière elliptique. La narration prend son temps, celui du trouble qui se développe petit à petit dans l’esprit des protagonistes : est-il possible que ce désir naisse en eux ? Et doivent-ils le combattre ? Il n’est pas besoin d’aller trop vite pour montrer ce changement. Les personnages sont développés avec justesse, aucun des deux ne renonçant à ce qui fait sa singularité : les acteurs les incarnent avec fraîcheur et talent. Un joyau d’été.

vendredi 6 août 2010

Inception

Christopher Nolan, le génial metteur en scène britannique de « The Dark Knight » ne pouvait pas créer de plus forte attente. Warner a d’ailleurs soigné l’arrivée du film avec une bande-annonce des plus alléchantes. Et puis cette affiche de super luxe ! Leonardo DiCaprio est quand même ce qui se fait de mieux à Hollywood de nos jours ! Seulement, pour qu’il émeuve, cet acteur extraordinaire, il a quand même besoin d’un patron (Sam Mendes ou Martin Scorcese) et d’un projet. Un grand acteur n’est rien sans tout cela. Al Pacino n’est-il pas exaspérant dans ses films alimentaires ? Mais Leonardo, lui, n’en est pas tout à fait là. Il peut choisir ses rôles. On imagine les offres pleuvoir dans le bureau de son agent. Sans doute, au départ, y avait-il un scénario. Et puis, les millions par dizaines, leurs contraintes, et ces abominables messieurs du marketing… On les imagine en réunion se disant que les études montrent un goût des publics cibles pour les coups de feu et les poursuites en bagnole… Alors, peu importe le sujet et la possibilité d’en faire un film intelligent : la promotion coûtera encore plus cher que le film et il faut rentabiliser cette opération. On va racoler. Eh ! Venez voir « Inception » ! Y’a Marion Cotillard qui donne des coups de couteau ! Y’a des cascades et des cascadeurs, des répliques débiles, des explosions et des écroulements… Que demande le peuple ? Si seulement c’était un vrai film d’action ! Mais la dose d’ésotérisme y est trop forte : on se retrouve entre deux mondes marketing. Les cadres se sont plantés. Le film est raté.

dimanche 11 juillet 2010

Twilight - Hésitation

Ce troisième épisode de la saga romantico-vampirique lui donne malheureusement une tournure télévisuelle assez fâcheuse, puisque c’est effectivement en concurrence frontale avec « True Blood » que « Twilight » s’expose désormais aux critiques et aux billevesées. On ricane dans les chaumières. La Bonne Fée pouffe et s’esclaffe. Et je crains qu’il n’y ait plus rien à défendre. Tout juste y a-t-il quelques cadres proprets, deux ou trois répliques amusantes, et un chouia de dérision s’agissant du puritanisme de l’auteure, désormais assumé par le personnage d’Edward, vampire de la fin du XIXe siècle dont une éducation religieuse sévère a forgé le caractère et la morale : on ne baise pas avant le mariage ma chère ! Sans doute Jacob, le bibendum loup-garou, aurait-il moins de scrupules s’il avait accès à la virginité de Bella… On sent bien qu’elle ne dirait pas non… D’ailleurs, cette salope cède partiellement à la tentation : la salle n°1 du Gaumont Opéra Premier a hurlé d’indignation. CHOC TOTAL. Ils auraient mieux fait de laisser les rênes de la saga à Catherine Hardwicke ces imbéciles. Bref. Pas prioritaire.

dimanche 9 mai 2010

En sus ojos

« El secreto de sus ojos » a non seulement décroché l’Oscar du meilleur film étranger face à « Ajami » et « Un Prophète » notamment, mais aussi 13 récompenses de l’Académie argentine du cinéma, le Goya du meilleur film étranger en espagnol (alors qu’il est coproduit avec l’Espagne), 5 prix à La Havane, etc. C’est le nombre de ses ingrédients qui l’a distingué parmi ses concurrents. Le film de Juan José Campanella est une paëlla dans laquelle le chef n’a oublié de mettre ni les encornets, ni les gambas, ni le chorizo. À la fois thriller, drame romantique et saga politico-historique avec des moments de comédie, ce film est ce qui se fait de plus nourrissant sur la planète cinéma. Le mélange des genres pourrait être indigeste, mais le coup de génie est précisément qu’on n’est pas écœuré. On passe d’une époque à l’autre, admiratif de l’excellent travail de décoration et de maquillage, et même bluffé à l’occasion d’une scène impressionnante de stade de foot, en regrettant seulement quelques saloperies oubliées au cours de la postproduction. On avait découvert Ricardo Darin dans « Nueve Reinas » : un chouia cabot, ses regards sont parfois complaisants, et l’on peut regretter que le metteur en scène ne lui ait pas offert de sortir de son image, désormais figée. Sorte d’infatigable « latin lover » incapable d’exprimer la moindre émotion, cet acteur est la star argentine du moment. Finalement, les moments de bravoure, les jolies idées de mise en scène, et les belles lumières l’emportent sur les minutes un peu faciles et même ratées de cet amour impossible. Alors, voilà un film à voir !

samedi 8 mai 2010

Séance

« En sus ojos »
Oscar 2010 du meilleur film étranger
Séance de 13h20
Samedi 8 mai 2010
Gaumont Opéra Premier