Pour mon retour au cinéma, après des mois d’abstinence, j’avais besoin d’un film qui ne me déçût pas. Or, l’équipage formé par Thomas Vinterberg (réalisateur), Mads Mikkelsen (1er rôle) et Sisse Graum Jorgensen (la productrice la plus charismatique de Zentropa), constituait une garantie : c’est la même bande (y compris certains des seconds rôles) qui avait produit le génial « Jagten » en 2012. Le risque était donc minime, et il était probable que je passerais un bon moment malgré ce foutu masque. Nous étions une trentaine, éparpillés dans la salle n°4 du Pathé Opéra, heureux d’être là plutôt que dans la froidure parisienne qui glaçait le sang des promeneurs. À son aise, et visiblement passionné par le monde de l’école, Thomas Vinterberg nous y invite une nouvelle fois : il n’y est plus question de pédophilie, mais des parcours initiatiques et de la bienveillance qui peuvent transformer l’inquiétude et le spleen en espérance, sinon en joie. La subversion étant inscrite dans l’ADN du cinéma danois (et suédois), notamment parce qu’elle est profondément cinématographique, l’histoire qu’on nous raconte nous dérange autant qu’elle nous fascine et nous amuse. Il y a du génie dans un cinéma qui est capable, tout en suscitant de la gêne (y aurait-il une coupable complaisance des auteurs à l’égard d’un vice condamné par la santé publique), de nous divertir (une bonne gestion de l’ivresse peut apporter joie et drôlerie : il est vain de le nier). Cette profondeur d’âme – qui est la nôtre aussi – est racontée sans détour, avec une franchise lumineuse : nous sommes tous à la fois abattement et fantaisie, fatigue et énergie, tristesse et joie… Les masques tombent pour laisser place à l’humanisme/humanité. L’amitié est portée aux nues. Dans son rôle, Mads Mikkelsen est une nouvelle fois magistral, déployant son art avec une incroyable générosité, celui d’un acteur à la fois émouvant, pathétique, séduisant, drôle… La mise en scène des relations que les quatre professeurs/amis développent avec leurs élèves est à la fois touchante et sobre. C’est du grand art.
