Le choix de ses acteurs (casting à la fois riche et sophistiqué car hyper référentiel) témoigne de ce que je ressens comme la sincérité de Xavier Dolan, de son amour du cinéma et de sa sensibilité. J’ai été impressionné par cette distribution, qui rend hommage au talent de grands comédiens, et exprime par la mise en scène la vérité de l’histoire racontée (en réalité, deux histoires coexistent dans le film : celle de l’acteur, et celle de son admirateur). La dimension autobiographique ne fait aucun doute. La scène bouleversante confiée à Michael Gambon (le voleur du « Cuisinier » de Peter Greenaway) témoigne de la culture cinématographique de Xavier Dolan, et nous informe sur la qualité de ses références esthétiques. Il est bien dommage - mais espérons qu’un « director’s cut » viendra - que l’on n’ait pas droit au personnage interprété par Jessica Chastain (scènes coupées au montage pour raccourcir le film). On ne peut que deviner des moments fortement dramatiques. Tout chez Xavier Dolan ne m’a pas toujours enchanté, certains effets ne me plaisant pas, mais comment nier à ce metteur en scène son génie ? Les mères, qu’elles soient biologiques ou de substitution, sont là surtout pour s’attendrir sur le sort de leurs fils homosexuels. Eux ne savent pas s’ils doivent les accabler, les pardonner, ou les quitter. Elles n’ont pas vraiment d’autre vertu ou d’autre qualité que ce regard bienveillant sur un enfant différent, parfois en souffrance, parfois libéré et heureux... Les mamans de Xavier Dolan sont jeunes et moins jeunes, blanches et noires, dures et douces à la fois... Elles se fâchent parfois, mais leur amour est acquis pour toujours. Le film est jalonné de scènes très émouvantes qui, même si elles sont parfois trop lourdement musicalisées, sont d’une grande justesse. Du très bon cinéma.
jeudi 4 avril 2019
mardi 2 avril 2019
Black Mirror
Le progrès technique/technologique ne cesse de transformer nos existences (ô la belle découverte que voilà !). Il affecte nos vies dans des proportions que beaucoup d’entre nous mesurons mal parce que cela se passe de manière insidieuse. Je me souviens, dans les années 1998, de cet ami qui déjà préférait retirer des sommes importantes aux distributeurs automatiques pour se prémunir, en effectuant ses paiements en argent liquide, contre les intrusions de la société de surveillance dans sa vie. Les billets de banque offraient une liberté de mouvement que les paiements par carte de crédit détruisent malgré nous, parce qu’ils mesurent, datent, et localisent. À l’époque, j’observais son comportement avec amusement, considérant ses précautions comme excessives. Je me dis aujourd’hui qu’il était clairvoyant sur les dangers que les nouvelles technologies font courir sur nos libertés (dès lors qu’elles sont employées à mauvais escient). La série Black Mirror propose un regard pessimiste et probablement clairvoyant sur le devenir de nos sociétés qui, ne sachant pas suffisamment se prémunir contre l’aliénation technologique, mettent nos libertés en péril. Intelligence artificielle et délégation intellectuelle (nous nous en remettons déjà largement aux outils informatiques pour la gestion de nos vies quotidiennes), dictature numérique, implants, robotisation, automatisation, systématisation... Les auteurs ont eu les coudées franches pour libérer leurs imaginations et nous plonger dans des futurs cauchemardesques (et vraisemblables)... Les épisodes sont sans lien les uns avec les autres (rare série non-feuilletonnante), conçus comme des moyens métrages d’anticipation, tous extrêmement bien produits, avec notamment des effets spéciaux très haut-de-gamme. Ce qui impressionne le plus, c’est l’originalité des histoires racontées. On ne peut qu’être admiratif de l’imagination des auteurs de cette série et du sérieux de leur travail d’écriture. La plupart des épisodes sont par ailleurs d’une grande noirceur, et certains sont d’ailleurs assez violents. Il y a cependant peu de séries aussi surprenantes et aussi bien produites...
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